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| Gilles Chambon, Le cortège de Neptune et Amphitrite, huile sur toile 54 x 81 cm, 2026 |
Le cortège de Neptune et Amphitrite... est ici une
réinterprétation et une réappropriation d'un tableau anversois du XVIIe s., de
ma collection (atelier de Pieter I Casteels).
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« Le cortège marin de Neptune et Amphitrite »,
Peter I Casteels, école anversoise du XVIIe siècle, huile sur toile rentoilée 81
x116 cm,
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Le tableau de Casteels mélange
des traditions classiques (mythologie gréco-romaine), et des apports nordiques.
Le sujet en est la déesse
Amphitrite qui symbolise le monde marin ; au fond à droite, on la voit aux
côtés de Neptune, montés sur un char d’or tiré par des chevaux marins, « à
l’approche duquel les tempêtes s’apaisent instantanément tandis que les
monstres marins surgissent hors de l’eau et l’entourent en dansant. »
(Robert Graves, Les mythes grecs) .
On la retrouve au centre de la
toile, couchée sur un dauphin, et en butte aux assiduités d’un homme barbu, qui
porte sur l’épaule une canne avec des poissons accrochés (la canne aux poissons
est aussi présente dans les tableaux de Frans Francken), couverts par une
étoffe que le vent emporte. Ce personnage est peut-être Delphinus, messager de
Neptune dépêché pour la séduire et lui faire accepter le mariage. Quoi qu’il en
soit, les deux personnages principaux sont entourés de créatures maritimes,
parmi lesquelles des tritons à la tête recouverte d’algues, et un curieux
personnage, sur la gauche, muni d’ailes de libellule ; on peut y voir une
référence à la tradition nordique des elfes et des fées (cf. Shakespeare, Le
songe d’une nuit d’été), symbolisant ici l’élément aérien, impliqué dans la
tempête.
Mais le personnage le plus important est sans conteste la
sirène, sur la droite, qui se regarde dans un miroir et peigne sa longue
chevelure blonde. Les sirènes sont couramment représentées ainsi, car elles
symbolisaient la séduction et la volupté (la luxure est souvent associée à
l’élément humide). Le peigne, en grec (kteis), en latin (pecten), et en italien
(pettigone), est un vocable qui désigne aussi bien le pubis. On peut également
rapprocher le peigne que tient la sirène du peigne à sérancer le lin (d’où pourrait
dériver, selon certains linguistes, le mot seraine, puis sirène).
Cette allégorie maritime pourrait donc aussi se lire comme
une allégorie du mariage Delphinus représenterait alors la tempétueuse ardeur
masculine, et la sirène la lascivité du plaisir de l’acte charnel, le petit
enfant chevauchant un poisson au premier plan pouvant renvoyer au fruit de
l’accouplement. Enfin le couple divin sur son chariot d’or serait la
consécration institutionnelle de l’union, qui désormais voguera sur le flot de
la vie entre orages et ciel bleu. Bien sûr, cette interprétation n’engage que
moi.
Dans ma réinterprétation picturale, j'ai mis en
lumière le caractère surréaliste de cette machinerie mythologique, qui,
revigorée, sens bon le shoot à l'iode !