présentation des peintures synchronistiques

vendredi, juin 21, 2024

Un autoportrait au luth

 

Gilles Chambon, "autoportrait synchronistique au luth", huile sur toile 46 x 65 cm, 2024

Les portraits de personnages jouant du luth sont très nombreux au XVIe et surtout au XVIIe siècle... Le Caravage, Artemisia Gentileschi, Frans Hals, Hendrick Jansz Terbrugghen, Simon Vouet, et des dizaines d'autres peintres. Au XXe siècle, depuis le "vieux guitariste aveugle" de Picasso (1904), beaucoup de peintres, notamment cubistes, ont intégré guitare et parfois luth dans leurs compositions... 

Mon nouvel autoportrait synchronistique lève donc son verre pour rendre hommage à cette tradition, en s'appuyant sur un "joueur de luth tenant un verre de vin" de Frans Hals (1625-26), et sur une peinture de Louis Marcoussis ("nature morte devant un balcon" vers 1930) librement recomposée.

vendredi, juin 14, 2024

Découper les rêves

 

Gilles Chambon, "Rêverie découpée", huile sur toile 54 x 73 cm, 2024

Pendant le sommeil, les rêves découpent notre passé pour recomposer des histoires bizarres et mystérieuses... un peu comme les enfants qui découpent leurs revues pour inventer de nouvelles configurations. Les surréalistes, et particulièrement Max Ernst, faisaient ça aussi.

 

Dans cette peinture synchronistique, j'ai représenté ma fille aînée endormie pendant que son fils prépare un collage, sur un fond tiré d'une composition de Georges Valmier, qui est elle-même un collage papier avec gouache et encre ("Fugue", 1920, Guggenheim Museum). Ajoutons que G. Valmier est né en 1885 à Angoulême, là où habite aujourd'hui ma fille et ses enfants ! Clin d'œil synchronistique !

jeudi, mai 23, 2024

Face à face, jeunesse et vieillesse

 

Gilles Chambon, "Avant et après, tôt ou tard", huile sur toile 50 x 65cm, 2024

La jeunesse et la vieillesse se regardent, mais le gouffre de la vie les sépare. 

 

Dans ce tableau synchronistique, la jeunesse est incarnée par une fille nue issue d'une de mes anciennes toiles représentant Vénus, et la vieillesse par la réinterprétation d'un croquis aquarellé de Van Gogh (musée Van Gogh, Amsterdam). Quant au monde interposé entre elles deux, il est construit sur la fusion de deux œuvres, l'une de Serge Charchoune (1888-1975) et l'autre de Christine Boumeester (1904-1971).

lundi, mai 13, 2024

Chevalier contre dragon

 

Gilles Chambon, Chevalier contre dragon, huile sur toile 46 x 61 cm, 2024

Le combat du chevalier et du dragon est un des thèmes les plus répandus dans l'imaginaire universel. En Occident, on le retrouve dans le combat de Saint Michel contre Satan, et de Saint Georges contre le dragon (lui-même reprenant l'image égyptienne d'Horus terrassant Seth). On le voit aussi dans la légende nordique de Sigurd-Siegfried tuant Fafnir, ou dans la mythologie hindoue où Indra tue Vritra...

 

Les significations symboliques de ce conte sont multiples, mais j'y vois personnellement une métaphore du combat de la civilisation contre la barbarie, dont malheureusement le XXIe siècle nous rappelle chaque jour l'actualité.

 

Cette peinture synchronistique réinterprète le St Georges et le dragon de Vittore Carpaccio, avec deux édifices empruntés à Giogio de Chirico pour exprimer les règles civilisatrices, qui apportent la stabilité figurative à un environnement pictural abstrait. Celui-ci est inspiré d'une peinture de Giuseppe Ajmone, et est en train de se transformer en vrai paysage, entérinant la victoire du chevalier civilisateur.

vendredi, mai 03, 2024

Une vie pèse lourd

 

Gilles Chambon, "Une vie pèse lourd", huile sur toile 61 x 52 cm, 2024

La vie de chaque être humain est inconsciemment portée par ses superstitions et par ses rêves. Le poids des années alourdi la charge, les superstitions s'affaiblissent, et les rêves s'évaporent peu à peu...

 

Pour exprimer cette fatalité douloureuse, j'ai synchronistiquement eu recours au "vol des sorcières" de Francisco Goya, planant dans un désordre abstrait inspiré de Giuseppe Ajmone ("Tempête", 1958), et d'où émerge quelques fragments d'une rêverie architecturale du védutiste  Apollonio Domenichini (XVIIIe s., Venise).

samedi, avril 20, 2024

Descente de croix

Gilles Chambon, Descente de croix, huile sur toile 60 x 81 cm, 2024
 

La treizième station du Chemin de croix est la descente de croix, où Joseph d’Arimathie et Nicodème détachent et déposent le corps de Jésus.

 

Fin d'une épopée, et lamentations crépusculaires, avant que l'espoir ne renaisse par la résurrection. Dans ce monde qui vient de perdre son dieu et qui n'a pas encore les éléments pour croire en une vie nouvelle, tout se délite et se mélange, les visages et les paysages ont perdus leurs traits expressifs.

C'est comme une terre qui se ravine sous la pluie avant que les graines enfouies ne germent et lui redonnent sa beauté.

 

Pour exprimer cette dissolution des figures, j'ai intégré synchronistiquement un fragment de descente de croix de Luca Cambiaso (sanguine - on pourrait le dire précurseur du cubisme, dans la mesure où les personnages de ses esquisses ont des têtes cubiques sans faciès !) dans un mélange fait de morceaux inspirés de Georges Braque (Violon et chandelier, 1910) et de Geer Van Velde (Composition, circa 1966).


vendredi, mars 22, 2024

Theatrum Mundi

Gilles Chambon, Theatrum mundi,

huile sur toile 50 x 65 cm, 2024

Le théâtre du Monde : « la vie de l'homme sur Terre est une comédie, où chacun oublie qu'il est en train de jouer un rôle » (Jean de Salisbury, Le Policratique, Genève, 1372).


... Et dans cette grande tragi-comédie humaine, civilisation et barbarie ne cessent, depuis l'origine, de s'entremêler, de s'affronter, et de conduire les plus brillantes sociétés vers la décadence et la catastrophe finale. L'Atlantide en fut un symbole. C'est pourquoi elle est présente dans cette peinture synchronistique, faite de la rencontre (et de l'affrontement) entre un tableau d'une série sur l'Atlantide que j'avais composée en 2000, et d'une toile de André Lanskoy (1902-1976) «Composition circa 1974», huile sur toile 14x18 cm. Quant aux deux Colosses, qui symbolisent les violentes forces antagonistes ébranlant de plus en plus notre Theatrum mundi contemporain, je les ai empruntés à Francisco Goya : celui du Prado (huile sur toile 116×105 cm, après 1808) et une gravure à l'aquatinte (entre 1814 et 1818).

lundi, mars 18, 2024

Galatée

 

Gilles Chambon, Galatée, huile sur toile 73 x 50 cm, 2024

Galatée, à la peau blanche, est une nymphe marine dont Ovide nous raconte qu'elle aimait Acis le berger. Le cyclope Polyphème tua celui-ci par jalousie, et Galatée, voyant des filets de sang sous le rocher qui avait écrasé son amant, les changea en rivière pour s'y baigner tous les jours.

C'est sans doute les petites taches rouges que l'on devine sur ce tableau synchronistique.

 

Il réinterprète une Galatée de Paolo de Matteis (1662-1728), et la fait évoluer dans un paysage désagrégé, reconstruit à partir d'une peinture abstraite d'André Lanskoy (" Les soucis des insouciants", 1960). 

 

Ce conte mythologique m'a inspiré la symbolique suivante : Polyphème représenterait les tempêtes qui font périr de nombreux marins amoureux de la mer... et les reflets rougeoyant des couchers de soleil sur les eaux parcourues par les frissons du vent, sont une façon d'évoquer les âmes défuntes, de leur faire un clin d'œil posthume.

jeudi, février 29, 2024

Le ciel hostile

 

Gilles Chambon, Le ciel hostile, huile sur toile 180 x 170 cm, 2024


"...J’écoute les bruits de la ville
"Et prisonnier sans horizon
"Je ne vois rien qu’un ciel hostile
"Et les murs nus de ma prison...

 

Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913

 

 

Dans toutes les légendes, les dieux ont souvent puni les hommes, en leur envoyant des cataclysmes pour purger leur incurie. Ainsi l’histoire du déluge, mythe universel, grand nettoyage cathartique qui met fin à un monde corrompu. On le retrouve dans toutes les traditions : l’Epopée de Gilgamesh, le Mahâbhârata, la Bible, les Métamorphoses d’Ovide ; et ces mythes reprennent évidemment des traditions orales beaucoup plus anciennes encore. Plus près de nous, le rationalisme des XIXe, XXe, et XXIe s. s’en est aussi emparé et l'a réintégré dans ses récits scientifiques (cataclysmes météorologiques, impacts de météorites géantes, et aujourd'hui catastrophe écologique).

 

Ce tableau synchronistique est une rêverie sur ce thème, s'inspirant pour les dieux d'une gravure de Bernard Picart ("Le Déluge avec Zeus au-dessus des nuées", 1733, Amsterdam), pour les hommes de deux dessins de Maximilien Luce ("la révolte", dessin 43 x 30 cm) et de Nicolas Czinober (peintre d'origine hongroise, "La Révolte de Budapest", 1956, encre, 25 x 21.5 cm)... Pour le paysage, il y a du Zao Wou-Ki ("1.11.86", huile sur toile 89 x 116 cm) et du Nicolas Poussin ("La Translation miraculeuse de sainte Rita de Cascia", huile sur panneau de bois, 48,8 xx37,8 cm, Dulwich Picture Gallery).

dimanche, janvier 28, 2024

Diane et Actéon

Gilles Chambon, "Diane et Actéon", huile sur toile 73 x 54 cm, 2024

 

Actéon, le chasseur transformé en cerf et dévoré par ses chiens pour avoir profané la nudité d'Artémis/Diane :

- ce mythe a été interprété par Hans Biedermann (philosophe autrichien, 1930-1990) comme le souvenir d'un rituel ancien de sacrifice humain en hommage à Artémis ;

- Sartre y avait vu pour sa part une illustration du complexe du savant, pareil au « chasseur qui surprend une nudité blanche et qui la viole de son regard » ; donc l'homme détruit par sa soif de lumière, comme Icare se rapprochant trop du soleil.

 

Dans cet esprit on pourrait encore y voir une préfiguration symbolique de la violence révolutionnaire : ainsi Robespierre, icône de la Terreur, chassant et faisant guillotiner par la Convention tout supposé ennemi de la Révolution, avant que celle-là, ayant compris l'engrenage fatidique de l'idéologie révolutionnaire, se retourne contre lui pour le guillotiner le 9 thermidor de l'an II.

 

Ce tableau synchronistique détourne et réinterprète quelques fragments du Diane et Actéon du Cavalier d'Arpin (Louvre), ainsi que de la fresque de la chambre de Diane du château de Fontanellato (Le Parmesan). Deux des chiens dérivent aussi d'une fontaine de Diane et Actéon (jardin du Palais Royal de Caserte, Italie). Quant au paysage, il est une transposition personnelle d'un tableau de Claude Maréchal (1925-2009)  Printemps exubérant, 1982.

mardi, janvier 09, 2024

Jonas, ou la seconde naissance

 

Gilles Chambon, "Jonas, ou la seconde naissance", huile sur toile 50 x 73 cm, 2024


Si la baleine a recraché Jonas, c'est parce qu'il a enfin accepté de dire aux habitants de Ninive la vérité sur leurs mauvaises mœurs. Devant cette mission difficile que lui avait confiée Dieu, il avait d'abord voulu fuir, mais jeté par-dessus bord lors d'une tempête, le cétacé envoyé par le Seigneur l'avait englouti... pour qu'il se ravisât, durant les trois jours et trois nuits dans les entrailles du monstre, vécus comme une mort.

Devant l'épreuve on a en effet parfois envie de fuir, ou de se recroqueviller, comme dans le ventre de la mère.

C'est ce qui est arrivé à Jonas, dans le ventre de la mer, car comme le dit Carl Gustav Jung, plonger dans le ventre de la baleine, c’est revenir à l’enveloppe protectrice maternelle.

La sortie hors de la gueule du monstre est donc comme une seconde naissance : c'est prendre ses responsabilités, s'exposer aux regards malveillants, et ne plus avoir peur de clamer sa pensée, même si elle ne cadre pas avec la bienséance de l'idéologie dominante.

La peinture synchronistique est selon moi une seconde naissance de la peinture contemporaine, parce qu'elle fait comme Jonas, et ne craint plus de dire aux artistes conceptuels qu'ils sont égarés sur le mauvais chemin, et qu'il faut revenir aux fondamentaux !

 

Ce tableau synchronistique transpose un personnage du "Martyre de saint Matthieu" (Caravage, entre 1599 et 1601 chapelle Contarelli de l'église Saint-Louis-des-Français de Rome) et une baleine d'un Jonas de Paul Bril ("Jonas et la baleine", c. 1590, huile sur toile 128 cm x 175.5 cm Collection Wawel Castle, Cracovie), dans un paysage réinterprété de Henri Hayden ("Paysage méditerranéen", 1921, huile sur toile 66 x 92 cm)

jeudi, janvier 04, 2024

Le Sacré dévoyé

 

Matthias Grünewald, Crucifixion, retable d'Issenheim, entre 1512 et 1516, tempera et huile sur bois de tilleul, musée Unterlinden, Colmar

 

Andréa Serrano « Piss Christ »,  représentant un crucifix plongé dans un fluide orangé composé d'urine et du sang de l'artiste, 1987

Le sacré, nous a dit Jean Clair (La beauté et le sacré, communication mai 2011), c’est la façon de ressentir et de traiter le numineux, les forces et les choses qui signifient et semblent agir sur nous en dehors des banales explications rationnelles ou matérialistes. La religion est une des façons de traiter le sacré. Notre monde contemporain l'a de plus en plus remplacé par une sacralisation collective et obsessionnelle du ludique, c’est à dire de l’inverse du numineux. Toutes les formes de star system, de footballomanie, sont significatives de ce phénomène mondial qui marque notre temps : le désir de foi partagée et de rituel collectif s’est cristallisé non plus sur le divin (le transcendantal des religions), mais sur le surhumain ordinaire, mondain, sur la magie que représentent pour les foules, les humains au charisme ou aux dons exceptionnels. Foi et adulation se confondent ; non pas idolâtrie comme dans les temps anciens où certains croyants confondaient le divin avec sa représentation matérielle, mais véritable dévotion envers des humains semblables à nous. Le sacré n’est plus un monde à part, transcendant, mais une contrée particulière du monde profane. Ce n’est plus un sommet élevé d’où l’on communique avec le ciel, au risque d’être anéanti par le feu divin, mais une simple colline d’où l’on contemple avec délectation, comme au-dessus de la mêlée, la populeuse plaine humaine et ses marécages. 

 

Évidemment, les médias et leur exceptionnelle expansion depuis un siècle, sont à l’origine de ce renversement : chaque soir, la comédie humaine est maintenant présentée et mise en scène en temps réel sur le petit écran, et l’espace virtuel de la télévision, qui pénètre chaque foyer, devient cette sorte d’espace sacramentel, pseudo divin, où sont élus les demi-dieux humains dans lesquels chacun rêve de se reconnaître. Le paradis qui, dans les religions, était promis après la mort – c’est à dire hors de la matérialité humaine et du monde géographique, fait son retour sur terre et devient accessible à chacun, pourvu qu’il sache manœuvrer et se propulser en haut de la scène médiatique.  Et une autre vérité nouvelle se fait jour : la réussite médiatique attire l’argent, et l’argent attire la fascination médiatique ; César et Dieu se confondent. On n'essaie plus désespérément d’acheter, comme au moyen âge, l’indulgence divine à un intercesseur clérical, mais on compte sur le pouvoir magique de la fortune pour attirer le divin, pour le susciter, le produire. Le sacré contemporain a donc ceci de nouveau qu’il se gagne avec de l’argent, et qu’il produit de l’argent. 

 

Et l’Art, là-dedans, me direz-vous ? Et bien voilà : il fut jadis un acte de ferveur, dirigé vers dieu ou vers la beauté; Jean Clair rappelle cette phrase des Confessions de Saint Augustin : « Pour les interroger [les créations divines qui assaillent nos sens], je n’avais qu’à les contempler et leur réponse, c’était la beauté. » ; aujourd’hui, l’art est devenu acte de ferveur à soi-même, ou démonstration d’une capacité, d’une prétention de chaque artiste impétrant à être starisé, et donc divinisé selon le rituel de la sacralité médiatique. On admirait autrefois les œuvres d’art parce qu’elles renvoyaient à une transcendance, on admire aujourd’hui les objets d’art contemporain parce qu’ils renvoient à la personnalité divinisée – ou simplement héroïsée – d’un artiste.

lundi, décembre 11, 2023

Hypnos

 

Gilles Chambon, Hypnos, huile sur toile 55 x 80 cm, 2023

Il tient quelques fleurs de pavot et, alangui, se laisse porter par la matière des rêves. Il est frère de la mort et maître absolu du sommeil... Nous l'appelons toutes les nuits et attendons qu'il pose ses ailes bienfaitrices sur notre esprit.

 

Ici, il est synchronistiquement incarné dans un Léandre de Nicolas Régnier (1588-1667), et flotte au-dessus de fragments éclatés d'une mandoline de Duong Sen (1949-).

lundi, novembre 20, 2023

Le supplice de Prométhée

Gilles Chambon, Le supplice de Prométhée, huile sur toile 70 x 70cm, 2023

Mon Prométhée a cette dimension christique, dans laquelle la fragilité humaine investit le corps du dieu ou du titan.

Enchaîné par Zeus au Caucase et supplicié pour avoir donné le feu aux hommes, il a le foie (flanc droit) déchiqueté chaque jour par le bec d’un aigle, comme le Christ, cloué sur la croix pour avoir incarné la parole de Dieu, a eu le flanc droit transpercé par une lance. On peut aussi le rapprocher de Saint Sébastien, lui aussi enchaîné à cause de sa foi, et transpercé de flèches, dont souvent l'une va au flanc droit. 

 

C’est d’ailleurs un tel Saint Sébastien de José de Ribera qui m’a servi de modèle dans ce tableau synchronistique, composé suivant les lignes d’un dessin aquarellé de Geer Van Velde, avec un fragment de décor emprunté à Giorgio de Chirico, et la silhouette d’un aigle prise à Rosa Bonheur.

dimanche, novembre 05, 2023

EUTOPIA

 

Gilles Chambon, Eutopia, huile sur toile 50 x 61 cm, 2023

Depuis l’Atlantide de Platon, les hommes ont souvent rêvé d’une société idéale. Et si les écrivains, tels Thomas More (Eutopia/Utopia) ou Samuel Buttler (Erewhon), ont insisté sur le caractère imaginaire de leurs rêves en les nommant « nulle part », beaucoup d’hommes politiques y ont cru et ont cherché à mettre en œuvre la société parfaite. Ils ont alors embarqué les populations crédules dans des aventures hasardeuses, qui, comme on le sait maintenant, se sont la plupart du temps mal terminées.

Ma toile est une allégorie de ces départs hasardeux vers des rivages qu’on imagine meilleurs. Elle est construite selon le principe synchronistique, en rapprochant une peinture représentant Venise, de François Quelvée (1884-1967), et un fragment d’apothéose (?) venant d’un dessin préparatoire du peintre très vénitien Pietro Liberi (1605-1687), réinterprété à ma façon.

vendredi, octobre 13, 2023

Sauvetage

 

Gilles Chambon, Sauvetage, huile sur toile 65 x 50 cm, 2023

L’immense héritage de la peinture occidentale est pour moi un sauvetage.

Il m’empêche de me noyer dans la tempête qui engloutit les arts plastiques depuis un demi-siècle.

 

On devine dans ce tableau synchronistique des figures anciennes montant dans une embarcation presque abstraite qui vogue sur des flots modernes… Ceux-ci viennent d’une marine de Courbet, l’esquif est réinterprété d’une « Infante Doña Margarita » de Manolo Valdes (né en 1942), et les trois personnages sortent pour l’une d’un « déluge » de Jean-François de Troy (1679-1752) et pour les deux autres d’un « Christ aux Limbes » d’Agnolo Bronzino ».

vendredi, septembre 22, 2023

Une danse enivrante

 

Gilles Chambon, Une danse enivrante, huile sur toile 54 x 65 cm, 2023


Trois jeunes femmes ont plaisir à perdre l’équilibre dans une danse enivrante au-dessus d’un paysage aride et chaotique… C’est la métaphore, peut-être, d’une humanité qui continue de danser aujourd’hui malgré le monde en perdition. C’est aussi l’énigme de la vie, dont le joyeux appétit l’a toujours poussé à dévorer le monde.

 

Cette toile synchronistique reprend les personnages d’un tableau du peintre symboliste allemand Franz von Stuck (1863-1928), placés dans un décor inspiré d’un fragment d’une œuvre abstraite de Jean Piaubert (1900-2002).

mercredi, août 30, 2023

Une grue s’est perdue

Gilles Chambon, Une grue s'est perdue, huile sur toile 65 x 46cm, 2023

Au Japon les grues sont associées à la longévité… Celle de ce tableau est empruntée à une peinture d’Hokousaï représentant Fukurokuju, l’un des sept dieux du bonheur, accompagné de l’échassier symbolique. 

Mais la grue s’est ici perdue synchronistiquement dans une composition abstraite que le peintre Youla Chapoval (1919-1951) fit à trente ans, deux ans avant sa mort précoce… Alors s’il n’y eut point de longévité pour Y. Chapoval, la grue signale néanmoins la pérennité et le bonheur associés à son œuvre magistrale (plus de 800 tableaux), que je suis heureux de contribuer à faire connaître.

lundi, juillet 31, 2023

Bellérophon et Chimère, ou l’utopie contre le pragmatisme

 

Gilles Chambon, Bellérophon et Chimère, ou l'utopie contre le pragmatisme, huile sur toile 60 x 73 cm, 2023

La mythologie grecque a fait rêver les artistes occidentaux depuis la Renaissance. Son pouvoir onirique et symbolique inépuisable agit encore aujourd’hui, comme le démontre ce tableau : Bellérophon monté sur Pégase, s’apprête à tuer Chimère, monstre à queue de serpent et à tête de lion doublée d’une chèvre. J’ai vu dans cette légende l’allégorie de l’utopie qui, montée sur le cheval ailé de la théorie, s’attaque aux petits arrangements de la politique pragmatique, qui font coexister dans la même cité le bien et le mal, l’utile et l’inutile, le beau et le laid, le fort et le faible… en un mot : tout et son contraire. Si le monde dans un premier temps se réjouit de la victoire du cavalier volant, qui fait table rase de la ville hybride pour construire un monde abstrait idéal, la suite de la légende nous apprend que Bellérophon, voulant rejoindre l’Olympe, est désarçonné par Zeus et précipité dans un désert où il termine lamentablement ses jours, estropié par sa chute. On peut y voir le destin de toutes les utopies qui ont oublié la complexité et les contradictions du monde réel, et finissent le plus souvent leur histoire par une catastrophe humanitaire.

 

Comme la plupart de mes compositions depuis une dizaine d’années, cette toile synchronistique s’appuie sur la réinterprétation d’œuvres existantes :

- une esquisse de Rubens pour "Bellérophon terrassant la Chimère" (de 1635, musée Bonnat-Helleu Bayonne),

- une ville lointaine d’un peintre vénitien de l’entourage de Giovanni Bellini (collection privée)

- une composition abstraite d’August Macke (de 1914, Albertina museum, Vienne).

jeudi, juillet 20, 2023

La tentation des pommes

 

Gilles Chambon, La tentation des pommes, huile sur toile 48 x 76 cm, 2023

         La pomme a révolutionné quatre fois l’imaginaire du monde occidental :

          

-       Une première fois en étant à l’origine du bannissement d’Adam et Eve du paradis terrestre ;

-       Une deuxième fois en déclenchant la guerre de Troie (après que Pâris eût offert à Aphrodite la pomme convoitée aussi par Héra et Athéna) ;

-       Une troisième lorsque Newton eut l’intuition des lois de la gravitation en rapprochant le mouvement de la lune et celui d’une pomme qui tombe de l’arbre.

-       Et enfin une quatrième fois avec Cézanne, dont les pommes révolutionnèrent la peinture moderne : « Avec une pomme, je veux étonner Paris » avait-il dit.

 

Le mythe de la pomme est ici transcrit de façon à montrer que, depuis le paradis terrestre, ce fruit, à la fois banal et particulier, dont les formes rebondies évoquent aussi celles des seins féminins remontés par le corset, a pu évaporer la raison des hommes…

 

Donc Adam et Eve toujours synchronistiquement recommencés autour d'une histoire de pommes... avec le concours gracieux d'Antonello de Messine, de Kurt Schwitters, de Carlo Carrà, et de Pierre-Auguste Renoir ! (... et un soupçon de Michel-Ange pour le bout de la queue du serpent)…

dimanche, juin 25, 2023

Le Ciel et la Terre

Gilles Chambon, Le Ciel et la Terre, huile sur toile 50 x 65 cm, 2023

 

Le monde vivant est instable…

Entre le ciel et la terre, entre l’ennui et la passion,

Entre la liberté et la prison.

Chacun trace sa route à travers tous les obstacles,

Comme une rivière qui fait son lit entre les montagnes et les plaines

Pour atteindre l’océan à l’horizon.

Nos pieds sont sur un sol friable,

Mais notre regard se tourne vers le ciel lointain

Où s’accomplira un jour notre destin.

 

Cette composition synchronistique reprend des éléments issus d’illustrations que j’avais fait en 1999 pour les signes zodiacaux. Et le ciel s’inspire d’un collage sans titre de 1961 de Karel Malich (1924 - 2019).


mardi, juin 06, 2023

Chère liberté


Gilles Chambon, Chère liberté, huile sur toile 100 x 150 cm, 20232
 

La liberté est un concept beaucoup plus complexe et ambivalent qu’on ne le croit généralement… C’est, comme nous le rappelle le sixième couplet de la Marseillaise, un combat permanent, contre toutes les formes d’asservissement et de tyrannie ; on la chérit, mais elle peut être chèrement payée.

Et puis elle n’est jamais totale. Nous avons besoin aussi de nous créer nous-même des règles et des servitudes, sans lesquelles la vie collective (et même la vie individuelle) serait impossible.

Dali, qui aimait les métaphores alimentaires, disait à ce propos qu’il détestait les épinards parce qu’« ils sont informes, comme la liberté ».

Et en effet la liberté totale peut être synonyme de conduite erratique et d’égarement. Toute forme structurée est toujours contrainte, et sa beauté lui vient sans doute du jeu subtil entre rigidité et souplesse, uniformité et diversité, ordre et liberté.

Pour citer encore Salvador Dali, il affirmait : « Pas de chef-d'œuvre dans la paresse ! ». Et donc la liberté d’une œuvre, comme la liberté chérie conquise contre l’oppression, quelle que légère qu’elle puisse paraitre, témoigne toujours d’un long effort, qui mêle combat, respect, et amour.

 

Ainsi mon tableau, synchronistiquement composé, est libre et contraint, il glorifie la liberté, et met en garde contre elle :

 

-       D’abord il fait un clin d’œil à l’abolition de l’esclavage (les deux femmes de gauche sont reprises du détail d’un tableau de François-Auguste Biard "L'Abolition de l'esclavage dans les colonies françaises en 1848") ;

 

-       Le personnage central, provenant d’une « Etude de nègre d’après le modèle de Joseph » de Chassériau (1838, faite pour Ingres qui voulait l’utiliser pour la personnification du Démon dans une « Tentation du Christ »), représente toute l’ambivalence de la liberté : liberté de la nudité, mais aussi violence de l’état sauvage, non civilisé, cliché que j’ai tempéré en lui mettant dans la main gauche le bouquet de fleurs de Banksy…

 

-       L’ange en haut à droite, qui est interprété d’un détail d’un St Jérôme d’Alonso Cano (1601-1667), est là soit pour sonner l’espoir de la liberté, soit pour en annoncer les dangers ;

 

-       Quant au fond, il provient de la réécriture d’un fragment du tableau « D’une étrange cité », du Danois Mogens Balle (1921-1988), architecte à l’origine, et qui comme moi s’est tourné vers la peinture pour se libérer de contraintes constructives… Tout en utilisant son savoir constructif dans ses toiles abstraites!