présentation des peintures synchronistiques

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mardi, février 03, 2026

REFLECHIR PLUS LOIN

 

Gilles Chambon, "Perspective philosophique", huile sur toile 45 x 70 cm, 2022

Idées de droite, idées de gauche, réactionnaires, progressistes, néo-machins et crypto-bidules, fascistes, racistes, anti-ceci, anti-cela... La pensée politique a rarement été aussi schématique et partisane qu'aujourd'hui. Le recul historique nous montre qu'aucun système de gouvernement des sociétés humaines n'est parfait, mais que leur évolution sur la longue durée peut apporter certains éclairages sur les façons de résoudre les problèmes économiques et sociaux, endémiques à tous groupements humains, des plus étroits aux plus larges. Sur les façons aussi de résoudre les conflictualités intergroupes. Sachant d'autre part que toute médaille à son revers : quand on se dirige vers la lumière, on produit aussi de l'ombre.

 

Ce préambule était nécessaire pour tenter d'en finir avec les caricatures et idéologies à l'emporte-pièce. La particularité du monde d'aujourd'hui est qu'il est interconnecté en temps réel, et que l'expansionnisme humain, sur une planète aux dimensions modestes, commence à poser de sérieux problèmes.

Alors pour mieux renouveler le débat théorique sur les chemins et les formes de pilotage que doivent prendre au XXIe siècle les sociétés humaines, il est nécessaire de regarder les choses sous différents angles successifs :

 

1/ problème démographique et d'écologie

 

2/ problème de développement harmonieux des consciences individuelles (conditions de vie, éducation, amélioration de l'esprit critique)

 

3/ problème de managements politiques (systèmes d'organisation et de régulation intragroupes et intergroupes)

 

4/ problème de l'évolution de l'espèce (évolution de la procréation, rapport entre les sexes, gestion de la santé et des caractéristiques physiques et psychiques des individus, impacts technologiques – notamment IA)

 

––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

1/ problème démographique et d'écologie

 

Nous ne savons pas aujourd'hui comment procéder pour éviter l'accroissement délétère de la population humaine sur une planète dont les dérèglements majeurs sont liés directement à cette emprise démographique : nous étions quatre milliards en 1974, nous sommes maintenant huit milliards... alors que le meilleur étiage pour préserver la diversité biologique aurait été sans doute de limiter l'espèce humaine à trois milliards.

Certains, comme les libertariens, pensent que l'amélioration de l'humain par la technologie et que les possibilités d'expansion vers d'autres planètes, sont les seules façons de résoudre ce problème, à moyen ou long terme.

Les écologistes pensent que c'est la frugalité qui, si elle augmente aussi vite que l'expansion démographique, arrivera à limiter les effets délétères de l'invasion humaine sur toute la terre.

D'autres pensent que la pression démographique, en augmentant la conflictualité, finira par engendrer une déflagration mondiale meurtrière, qui réduira fortement les nombre d'humains, mais qui hélas produira aussi des dommages irréversibles sur la biosphère.

Trop peu de penseurs réfléchissent sur les possibilités d'inverser la croissance démographique : il est vrai que c'est très compliqué, parce que l'accroissement de la richesse et de la prospérité est lié à l'augmentation démographique, et parce que la décroissance (qui était à la mode chez les penseurs écologistes des années 80) mettrait en péril la nation qui s'y astreindrait vis à vis de celles qui cherchent la puissance par l'expansionnisme. L'idéal serait alors une instance régulatrice mondiale, capable de fixer à chaque pays des quotas de population ; mais pour cela il faudrait une gouvernance mondiale ayant les moyens de contraindre les récalcitrants... Évidemment on en est très loin. C'est même peut-être quelque chose d'impossible, car il n'est pas sûr qu'un gouvernement fédérant toutes les nations puisse être créé en l'absence de menace extérieure. Ce qui est certain, dans le monde tel qu'il s'est agrégé au cours de l'histoire récente, c'est qu'avec 197 états, il est beaucoup plus difficile de contrôler et planifier qu'avec un nombre réduit. On peut alors regretter que les empires coloniaux n'aient pas réussis à intégrer leurs conquêtes en donnant aux peuples soumis les possibilités de se faire une place normale dans l'empire, comme cela avait été en partie le cas dans l'empire romain, et que de fait la seule solution pour ces peuples ait été l'accès à l'indépendance, créant un grand nombre de nations nouvelles. On observe que la tendance actuelle est plutôt la constitution de blocs concurrents, chacun d'entre eux essayant de s'opposer aux autres ; donc expansionnisme et capitalisme, rien de bon pour endiguer la croissance ; le scénario le plus probable devenant hélas la déflagration mondiale que tout le monde redoute à juste titre. On blâme en occident la fermeture des frontières et la lutte contre l'immigration, mais ça peut être un moyen efficace de limiter au niveau mondial la croissance démographique, empêchant pour les États riches le renouvellement de population par l'extérieur, et obligeant les États démunis à modifier leurs logiques familiales ou claniques et à pratiquer le malthusianisme.

 

 

2/ problème de développement harmonieux des consciences individuelles (conditions de vie, éducation, amélioration de l'esprit critique)

 

Si les religions ont été depuis la nuit des temps un moyen efficace d'expliquer la condition fragile des hommes et de développer un imaginaire collectif pour souder ensemble des groupes humains se dévouant au même pouvoir invisible mais intangible, il est devenu évident, depuis le développement des connaissances liés à l'esprit des lumières et à la méthode scientifique, que les religions, si elle sont prises au pied de la lettre, confinent aujourd'hui à l'obscurantisme et à de multiples formes de régression. Par contre, tout le développement culturel marqué par l'histoire des religions peut toujours contribuer à renforcer le ciment de l'imaginaire collectif. Il ne faut donc pas les ignorer dans l'enseignement, mais plutôt les voir comme une sorte d'assaisonnement du savoir, capable de titiller les papilles intellectuelles pour s'attaquer aux problèmes relevant de la transcendance et de la métaphysique, pour lesquelles la science reste incapable de dire le réel.

La liberté de conscience et la liberté d'expression doivent donc être garanties, tant qu'elles respectent le corpus des connaissances acquises sur le monde matériel que nous partageons.

On peut se questionner sur les meilleures structures capables de promouvoir cette liberté et d'encourager la curiosité, nécessaire pour faire avancer la recherche. L'école publique accessible à tous reste aujourd'hui la solution la plus rationnelle. Mais elle n'est pas le seul instrument pour garantir le développement harmonieux et l'esprit critique. Le petit groupe humain (famille) qui enveloppe l'enfant jusqu'à l'adolescence est fondamental pour l'équilibre développement affectif/développement intellectuel. Dans le Manifeste du parti communiste, Marx et Engels parlaient de « l’abolition de la famille ». Ils espéraient dans la société communiste, un encadrement social des enfants dès le plus jeune âge. Cela montre surtout que ces deux hommes manquaient totalement de compétences et de connaissances sur ce que représente le noyau familial pour la formation de la psyché individuelle, dans toutes les formes de sociétés humaines depuis la nuit des temps, et son rôle fondamental (pour ne pas dire naturel). Ce noyau est évidemment variable selon les cultures, étendu aux mères, pères, grands-mères, oncles, tantes, adolescents du même groupe chez les chasseurs-cueilleurs, organisé de façon patriarcale (père et frères dominants) dans beaucoup de régions d'Europe de l'Est et Moyen-Orient (cf. O. Todd), limité au couple et ses enfants dans la famille occidentale bourgeoise classique (couple et enfants avec père et fils aîné dominants), ou encore famille occidentale moderne (couple et enfant sans statut dominant pour l'un des parents ou l'un des enfants). La nouveauté est l'apparition de nombreuses familles recomposées, dans lesquelles les rôles de chacun s'entremêlent, source de conflictualité mais aussi d'ouverture, de fluidité. La liberté de formation des familles, beaucoup plus grande qu'auparavant, est un bienfait à condition qu'elle reste encadrée par des règles qui garantissent les mêmes droits à chacun.

 

 

3/ problème de managements politiques (systèmes d'organisation et de régulation intragroupes et intergroupes)

 

Dans toutes les formes d'organisations collectives, tous les individus sont concernés mais tous ne s'investissent pas de la même façon, et tous n'ont pas forcément la même autorité. Le principe de la démocratie est que ceux qui ne s'investissent pas délèguent l'action à quelqu'un qui les représentera ; parce qu'ils ont confiance en lui ou elle, confiance d'une certaine façon dans son autorité. Le jeu des délégations successives, à différentes échelles, avec toujours une mise en concurrence des équipes délégataires représentant différents groupes, permet le fonctionnement démocratique, avec un délai de validité plus ou moins long (en général quelques années) après lequel les délégations se renouvellent. Mais cette hiérarchie des responsabilités et du pouvoir de décision ne fonctionne bien que s'il y a consensus sur les valeurs les plus importantes du groupe, qui sont inscrites dans une constitution ou une charte, et sur les règles de fonctionnement, fixées par les lois et règlements. Il y a cependant plusieurs écueils qui perturbent de façon endémique les systèmes de gouvernance démocratique. Pour obtenir le soutien de ceux qu'ils vont représenter, les élus ont naturellement tendance à exagérer les promesses ; ce qu'on nomme le populisme. Et leur autorité (basée sur les connaissances et compétences individuelles) a parfois été mal évaluée, l'expression partisane prévalant en général largement sur les réelles compétences. Le mythe de l'égalité absolue entre les humains a tendance à fausser la donne, parce qu'il tend à dénier toute forme de supériorité, de hiérarchie, et laisse penser que n'importe quel individu, pourvu qu'il en ait la volonté et qu'il soit adoubé par sa base, et capable d'assumer l'autorité et la prise de décisions. D'où l'émergence des théories que l'on nomme "néo-réactionnaires", qui veulent limiter l'exercice de la démocratie à ceux qui ont les capacités intellectuelles nécessaires pour comprendre le monde et pouvoir diriger les groupes humains de façon plus rationnelle et plus efficace. C'est là qu'on voit combien la notion d'égalité peut être un piège, mais aussi combien la remettre en question peut être dangereux. En fait il faut constater qu'il n'y a pas d'égalité de fait, mais qu'un des rôles d'une société est permettre une fluidité des individus (ils peuvent monter dans l'échelle sociale s'ils sont performants, et descendre s'ils ne le sont pas assez). Une société doit aussi à tous ses membres, solidarité et assistance, sans jamais essentialiser ceux qui a un moment donné ont besoin d'assistance. Le devoir principal de la société est de les aider à sortir de l'assistance, pas de les encourager à y rester, ce qui est un des travers de l'état social. Et là il faut revenir sur les fondements du socialisme dont les penseurs n'envisageaient l'émancipation des défavorisés que par une lutte collective, comme s'il devait rester impossible aux individus de progresser par eux-mêmes... Au contraire, il fallait selon eux, renforcer la conscience de classe (démunie, exploitée) pour pouvoir renverser l'exploiteur. C'est une vision très noire de la société, dans laquelle chaque groupe ne souhaiterait que la soumission et l'exploitation pour l'un, et que la révolution pour l'autre. En fait cette analyse est dangereuse parce qu'elle postule que les inégalités ne résultent que d'un système d'exploitation et de domination pervers, dont les bénéficiaires ne souhaitent que l'éternelle reconduction. Le système patriarcal, qui est le modèle réduit de cette conception de la société, a des causes très terre à terre dans la protohistoire où il fallait optimiser les qualités individuelles (force physique pour les hommes, protection et soin pour les femmes) si on voulait survivre dans le monde hostile. Cette répartition des rôles s'est perpétué si longtemps qu'elle a impacté la biologie-même des sexes, et s'est ancrée dans la plupart des civilisations humaines. Mais au sortir de la protohistoire, les conditions de développement des sociétés ont peu à peu changé, créant un décalage entre les structures sociales anciennes et les exigences nouvelles... Le changement des conditions de vie et donc des besoins en efficacité évolue toujours beaucoup plus vite que les structures héritées d'un passé ancien. D'où ces tiraillements et ces tâtonnements pour réactualiser les structures sociales. Aujourd'hui où l'intelligence est devenue le moteur principal de l'évolution des sociétés humaines, et où la force physique n'a plus vraiment d'intérêt, il est évident que l'égalité des sexes doit concourir à mobiliser tous les cerveaux. Il reste que la biologie humaine n'évoluant que très lentement, les hommes et les femmes continuent à être physiquement (et sans doute psychiquement) très différents. Mais ils ne doivent pas être essentialisés, et pourront peut-être à l'avenir se rapprocher physiquement (chez certains mammifères, les différences physiques entre les deux sexes sont très faibles). Cela nous amène au point 4/.

 

4/ problème de l'évolution de l'espèce (évolution de la procréation, rapport entre les sexes, gestion de la santé et des caractéristiques physiques et psychiques des individus, impacts technologiques – notamment IA)

 

L'évolution du rapport entre les sexes accélère énormément en ce début de XIXe siècle. L'archaïsme du patriarcat ne correspond plus ni aux mentalités ni aux besoins de la société hyper concurrentielle et médiatisée dans laquelle nous vivons (en occident mais aussi dans de plus en plus nombreux pays du monde). La fluidité, l'adaptabilité, la réactivité, sont des atouts que seule peut apporter une société où tous les individus sont libres et peuvent s'engager sur les voies qui leurs correspondent le mieux. Donc les hommes cessent de dominer les femmes, et c'est heureux. Le partage de l'éducation apportée aux enfants se répand petit à petit. On peut aussi imaginer que l'explosion actuelle des théories de genre, et de déconstruction du masculin, sont une prémisse à une évolution biologique de l'espèce humaine, qui rebattra peut-être les cartes. À ce propos le développement rapide de l'IA et des technologies médicales (IoT, IoB), annonce aussi une réévaluation des statuts individuels dans la société. Aides pour compenser toutes formes de handicaps et de déficiences humaines, dont celles liées à la vieillesse, implants de toute nature, et en définitive un chemin tracé vers le transhumanisme, qui fait peur à beaucoup mais qui paraît de plus en plus inéluctable. D'autant que si on refuse l'évolution biotechnologique, il n'est pas impossible qu'un jour, une forme de conscience (non individuelle) émerge des réseaux connectés de l'IA et de la maîtrise qu'ils auront des systèmes de production matériels. Et que la dynamique de cette conscience soit de supplanter les consciences humaines individuelles. On est là bien sûr dans le registre de la science-fiction, mais l'histoire nous montre que celle-ci est parfois rattrapée, ou même dépassée par la réalité. Le fantasme d'une guerre avec les extraterrestres n'est en fin de compte que la prémonition d'une guerre entre l'homme et ses créations d'IA les plus sophistiquées. Et si le lecteur veut bien me suivre en prenant un recul suffisant pour contempler (de Sirius) l'évolution de la vie sur notre petite planète, il verra qu'il y a beaucoup de hasards et peu de stratégies, beaucoup d'imagination et beaucoup d'échecs, mais que globalement l'apparition de la conscience individuelle et de l'intelligence humaines est inscrite dans la flèche de l'évolution, et que si on s'efforce de comprendre sa trajectoire, on se demande si tout ça n'a pas pour but de créer quelque chose qui puisse se répandre dans l'espace intersidéral... Et dans ce domaine, la fragilité biologique du vivant est un gros obstacle. Il n'est donc pas interdit de penser que l'apparition de la vie n'est qu'une étape, une façon de créer la conscience, et que la prochaine étape est peut-être celle où cette conscience se détachera du "vivant biologique", pour mieux affronter le vaste univers. Nous autres humains avons donc du souci à nous faire... mais rien n'est écrit. Simplement restons ouverts aux exigences du progrès et tenons-nous sur nos gardes.

lundi, janvier 06, 2025

Dieu est mort, même s'il bouge encore

 


Dieu est un mot, qui désigne dans l'ensemble des cultures humaines une conscience supérieure influençant de manière plus ou moins absolue le cours des événements, jusqu'à être présentée dans les monothéismes comme l'origine et la finalité de tout ce que nous percevons (la création). Cette conscience supérieure, qui voit tout et entend tout, est dépositaire de ce qu'on appelle le Bien, et qui est l'ensemble des comportements et des êtres considérés par les hommes comme bénéfiques à leur évolution. Dans le polythéisme, plusieurs consciences supérieures se partagent l'organisation du monde, et elles recherchent ce qui est bénéfique pour elles et ce qui dépend d'elles dans le monde, les hommes devant les satisfaire pour ne pas attirer leur courroux.

Face à Dieu, le Diable désigne une autre conscience supérieure antithétique, qui est comme l'ombre de la première, et qui est réputée chercher systématiquement à corrompre et détourner les êtres de la recherche du bien collectif vers lequel ils doivent tendre.

Au stade de développement où est arrivée aujourd'hui la conscience humaine, la croyance religieuse, la foi, pose plusieurs questions.

1/ Existe-t-il dans l'univers une ou des consciences supérieures capables d'influer sur notre vie et notre existence, sans qu'aucun signe de leur présence ne soit perceptible objectivement ?

2/ Si elles existent, que signifie pour elle/elles la recherche du bien : ce qui lui/leur bénéficie, ce qui bénéficie à l'évolution générale de l'univers sous leur influence, ce qui bénéficie à l'ensemble des êtres terrestres dotés d'une conscience, ou ce qui bénéficie à la seule communauté des humains ?

3/ Notre conscience individuelle est-elle capable de savoir ce qui bénéficie à l'évolution générale de l'univers, ou même à l'ensemble des êtres terrestres dotés d'une conscience ?

4/ N'y a-t-il pas des cas de figures envisageables, où la pérennité de l'espèce humaine pourrait nuire à l'évolution générale de l'univers telle que recherchée par la/les consciences supérieures ?

5/ Plusieurs consciences supérieures peuvent-elles s'affronter (à l'image des consciences humaines) et rechercher pour l'évolution de l'univers des chemins différents ?

Comme personne ne peut répondre rationnellement à ces questions, la foi n'est-elle pas juste un aveuglement qui permet de justifier des valeurs morales collectives ? Les convictions religieuses devraient donc aujourd'hui être dépassées, et ne plus avoir aucune influence sur le développement des consciences.

Si le bien et le mal ne relèvent plus de la religion, de quelles valeurs morales collectives peuvent-ils découler ? Tout le monde sait que ce sont les idéologies (appuyées ou non sur les religions) qui dictent les valeurs morales du monde contemporain. Elles se prétendent toutes humanistes, allant de la formule un tantinet partisane de Benoît XVI "une morale et une justice qui ne font pas référence à Dieu dégradent l'homme, parce qu'elles le privent de sa mesure la plus exigeante, de ses possibilités les plus hautes" à celle un peu hypocrite de Deleuze “Être de gauche c’est d’abord penser le monde, puis son pays, puis ses proches, puis soi ; être de droite c’est l’inverse” en passant par celle déstabilisante d'Amélie Nothomb “Le sens moral disparaît au-delà de 180 de quotient intellectuel. 

Disons que la morale humaniste de notre siècle se veut exempte d'égoïsme, c'est-à-dire qu'elle nous demande de traiter de la même façon ceux qui nous sont antipathiques, sympathiques, indifférents, proches, ou lointains... Donc contrairement à la morale religieuse, elle ne nous demande pas d'aimer ou de haïr, mais de respecter les autres dans la sphère la plus large possible (incluant pour certains les animaux ­– qui ont comme nous une conscience – et pour les écologistes la nature entière)... Mais c'est là un vœu pieu, car quand on élargit trop, la vie nous confronte à des situations où il faut choisir qui on respecte le plus ! Et dans ces choix difficiles, admettons, au regard de l'histoire, que la religion est une fort mauvaise conseillère morale.

Mais revenons à la mort de Dieu. On peut se libérer des œillères de la foi sans pour autant tomber dans les travers d'un athéisme basique. En effet, il semble logique de penser que le niveau de conscience des homo-sapiens modernes, rapporté à la globalité de l'univers physique perceptible, n'est pas la forme la plus évoluée possible de la conscience, et qu'il existe ailleurs, apparues sur d'autres mondes, des consciences beaucoup plus abouties. Et il ne semble pas inimaginable que de telles consciences puissent avoir un impact sur l'humanité terrestre, comme nous même en avons un par exemple sur les végétaux, qui sont incapables de nous percevoir directement, la conscience végétale étant à un stade d'évolution plus rudimentaire.

Au-delà de ça, ne peut-on pas faire l'hypothèse que la conscience est une forme d'énergie intrinsèque au Réel, indissociable du sens même que l'on peut Lui attribuer... On se trouve alors conduit vers la notion de Transcendance, qui pallie au handicap insurmontable qu'aura toujours la connaissance scientifique, malgré ses fantastiques progrès, pour comprendre le réel et l'imaginaire, l'être et le néant, l'existence et la disparition, l'espace et le temps... Mais pour bien gérer les intuitions que nous inspire cette Transcendance des choses, il vaut mieux, me semble-t-il, s'en remettre à la poésie, sous toutes ses formes, plutôt qu'à la foi.


jeudi, octobre 03, 2024

Charybde et Scylla

Gilles Chambon, Charybde et Scylla, huile sur toile 50 x 65 cm, 2024


Charybde et Scylla personnifient deux grandes angoisses des navigateurs du monde antique : les maelströms et les récifs, qui pouvaient entraîner les pires naufrages... Alessandro Allori les a représentés au plafond du palais Portinari Salviati (Florence), dont les fresques illustrent l'Odyssée. Le navire d'Ulysse échappe à Charybde, énorme gueule vomissant des flots déchaînés, mais Scylla, représenté par un monstrueux chien à cinq têtes, dévore six de ses compagnons. 

Je lui ai emprunté ces deux monstres, ainsi qu'une barque et des sirènes issus de son tableau "Les pêcheurs de perles" (Palazzo Vecchio). Le tout s'intègre dans une composition abstraite d'Oliver Debré, que j'ai renversée et modifiée pour en faire un signe paysage, selon la dénomination qu'aimait employer le peintre lui-même.  

Quant à la signification de ma peinture, elle est facile à décrypter : toutes nos joies sont embarquées sur un frêle esquif qui doit slalomer entre les multiples dangers auxquels nous confronte l'existence. Ces joies sont parfois dévorées par les malheurs, mais peuvent aussi être renforcées par les perles imprévues que nous offre la vie.


mardi, septembre 24, 2024

L'esprit des générations à venir

 


Les générations qui viennent vont avoir une construction psychique très différente de la nôtre. En effet, la mémoire virtuelle, celle des disques durs qui conservent tout : images de leur enfance, images de leurs parents et grands-parents dans leurs contextes familiaux, sociaux, professionnels, avec toutes les reconstitutions et renseignements les rendant aussi présents dans leur représentation mentale que les parents et amis directs avec lesquels ils vivent...

 

Toute l'histoire récente (et plus tard tout ce qui ne sera pas préhistoire d'avant l'IA) devient rémanente, elle ne s'évapore plus peu à peu comme c'était le cas pour nous. Pour nous seuls restaient présents dans la mémoire les faits importants, les autres disparaissaient pour toujours, et sollicitaient l'imagination pour leur réinvention.

 

Nos chers descendants n'auront plus ce souci, ce plaisir ou cette peine. Ils n'auront plus besoin non plus de faire des choses extraordinaires pour rester gravés dans les mémoires. Il y aura une forme d'éternel retour nietzschéen, l'espace et le temps des autres sera toujours convocable à tout moment dans le présent de chacun. Je ne sais quelle forme d'esprit cela va donner, mais probablement très différents des nôtres. L'oubli est l'envers de la mémoire, et tous deux sont les faces janusiennes de l'imagination.

 

Dans la nouvelle psyché cependant, l'imagination ne disparaîtra pas : mais le facteur "oubli" sera remplacé par le facteur "choix" ; en effet, la mémoire tendant vers l'infini, c'est le choix parmi ses éléments qui forgera la forme d'imagination des générations futures. La différence est importante car la conscience de l'oubli s'accompagne toujours de nostalgie/mélancolie, tandis que la conscience du choix, elle, s'accompagne de doute.

 

Je ne sais donc ce que tout cela donnera... j'espère seulement que la poésie restera une clef de voûte dans l'expression de l'être.

vendredi, mars 22, 2024

Theatrum Mundi

Gilles Chambon, Theatrum mundi,

huile sur toile 50 x 65 cm, 2024

Le théâtre du Monde : « la vie de l'homme sur Terre est une comédie, où chacun oublie qu'il est en train de jouer un rôle » (Jean de Salisbury, Le Policratique, Genève, 1372).


... Et dans cette grande tragi-comédie humaine, civilisation et barbarie ne cessent, depuis l'origine, de s'entremêler, de s'affronter, et de conduire les plus brillantes sociétés vers la décadence et la catastrophe finale. L'Atlantide en fut un symbole. C'est pourquoi elle est présente dans cette peinture synchronistique, faite de la rencontre (et de l'affrontement) entre un tableau d'une série sur l'Atlantide que j'avais composée en 2000, et d'une toile de André Lanskoy (1902-1976) «Composition circa 1974», huile sur toile 14x18 cm. Quant aux deux Colosses, qui symbolisent les violentes forces antagonistes ébranlant de plus en plus notre Theatrum mundi contemporain, je les ai empruntés à Francisco Goya : celui du Prado (huile sur toile 116×105 cm, après 1808) et une gravure à l'aquatinte (entre 1814 et 1818).

mardi, août 30, 2022

Vision synchronistique face au vide

 

Gilles Chambon, "Au-dessus du vide (vision synchronistique)", huile sur toile 73 x 54 cm, 2022
 

Les rêveries d’un vieillard l’angoissent ; il est face au vide, et les farouches combats pour atteindre les sommets sont perdus ; tout est maintenant derrière lui.

 

L’âge finit par nous rapprocher tous du grand vide où les formes, les couleurs, les êtres même se déferont peu à peu. C’est peut-être ce qu’avait ressenti Goya dans la quinta del sordo. J’ai réutilisé synchronistiquement deux détails des peintures noires qui ornaient ses murs :

-       Les deux personnages énigmatiques d’« Asmodée »,

-       Et le visage, retourné symétriquement, de l’un de ses « deux vieux ». Je les ai fusionnés dans un décor  inspiré d’Albert Bitran (1931-2018), dont la peinture abstraite ruisselait toujours d’une sourde et inquiétante énergie.

lundi, juin 20, 2022

Narcisse

 

Gilles Chambon, Narcisse, huile sur toile 46 x 61 cm, 2022

Que nous dit la légende de Narcisse ? Laissons de côté les célèbres « pervers narcissiques » de la psychanalyse, et déprenons-nous de l’interprétation éculée qui voit dans la légende grecque la métaphore d’un égotisme exacerbé et morbide.

Concentrons-nous plutôt sur le mystère de l’image réfléchie à la surface de l’eau. Elle n’a pas la netteté de celle du miroir, elle se trouble et se déforme au moindre souffle d’air, et  derrière le reflet de surface, le monde étrange et sombre qui vit dans l’eau profonde se mêle au scintillement éphémère de l’image réfléchie. L’eau est un miroir fluant que l’on peut pénétrer, et dans lequel on peut se perdre.

Narcisse, en se regardant dans la source, fait un rêve immobile, et comprend que sa beauté est évanescente, comme celle des fleurs, qui renaissent chaque printemps parce qu’elles s’enracinent dans la terre humide. Alors il décide d’arrêter le temps, et de prendre lui aussi racine auprès de la source vive.

C’est ce que cherche à exprimer cette toile synchronistique qui transpose un Narcisse inspiré de Pier Franscesco Mola (1612-1666), dans un paysage où le reflet se mêle, renverse, et recolore le « voyage dans le temps », toile abstraite (1959) de Michelangelo Conte (1913-1996).

vendredi, juin 10, 2022

La danse des anges

 

Gilles Chambon, La danse des anges, huile sur toile 60 x 86 cm, 2022

Deux anges dansent sur un pont au-dessus de l’enfer…

Dans la tradition musulmane, le sirât est le pont qui surplombe l’enfer, dans lequel chacun risque un jour de verser. Les anges Harout et Marout, qui dérivent des dieux mazdéens Haurvatat et Ameratat (qui protégeaient de la faim et de la soif), personnifient ceux qui succombent à la tentation érotique, notamment à cause de l’ivresse (d’où l’interdiction du vin dans l’Islam).

Mais dans l’imaginaire occidental, surtout depuis le mouvement hippie, les anges préfèrent céder à la tentation, en dansant pacifiquement et amoureusement au-dessus du gouffre, plutôt que de combattre l’ennemi qu’un Dieu belliqueux leur inventa pour qu’ils cèdent à l’autre grande tentation, celle de la violence.

 

Cette composition synchronistique détourne deux anges de Goya (extraits de « L'Adoration du nom de Dieu » fresque de 1772 qui orne le dôme de la Basilique de Nuestra Señora del Pilar à Saragosse) et les inscrit dans un paysage mouvant et turgescent, fait de la rencontre entre « Paysage au viaduc Gryon », de Rodolphe-Théophile Bosshard (1889-1960), et une aquarelle de 2003 de Bernard Schultze (1915-2005), titrée « Ce n’est pas un profil ».

mardi, juin 07, 2022

Est-ce parce que je ne crois pas à ce que je sais que je dois croire à ce que je ne sais pas ?

 


« Je ne sais qu'une chose, c'est que je ne sais rien », Socrate.

 

Qu’est-ce qu’une fourmi peut comprendre à l’univers ? Elle ne comprend que la partie avec laquelle ses quelques neurones, ses sens – et son activité pratique - sont connectés. Alors que nous, humains, savons que la réalité est beaucoup plus vaste, englobant étoiles, galaxies, et trous noirs, que nous décrivent si scientifiquement nos savants. Mais la sagesse ne nous conseille-t-elle pas de nous voir aussi comme des fourmis, ignorant une quantité incalculable de choses, qui échappent à nos sens et à leurs prolongements technologiques ?

 

En fait, la compréhension, qui est représentation, ne concerne toujours qu’une plus ou moins faible partie du réel, et il ne pourra jamais en être autrement. On peut dire ainsi que par définition, l’univers réel est hors de portée de la compréhension des êtres vivants, quel que soit leur développent intellectuel.

 

On doit donc, pour se faire une idée (le mot n’est pas vraiment approprié, mais je n’en ai pas trouvé d’autre) de l’univers, s’appuyer sur autre chose que sur nos sens et nos sciences qui, pour nous donner une représentation assez exacte de notre déjà vaste voisinage spatio-temporel, nous enferment dans un microcosme propre à notre espèce. Il faut plutôt se laisser pénétrer par tous les effluves spatio-temporels qui imprègnent notre être… Il ne faut plus sentir, voir, analyser, répertorier, mais simplement ressentir, s’abandonner aux impressions et aux images qui naissent spontanément en nous du simple fait d’être là. C’est en ce sens que les fables religieuses ou mythologiques sont potentiellement plus vraies que la connaissance scientifique, concernant le réel absolu, parce qu’elles se sont construites sur un ressenti universel, dont elles restent cependant une expression naïve. 

Simplement gardons-nous des certitudes : celles-ci ne s’appliquent jamais qu’à un tout petit bout de la réalité.

 

La question qui taraude l’entendement humain depuis ses tous premiers balbutiements, est celle de la vie et de la mort individuelle. Quel sens donner à la dialectique être/néant ? Qu’est le néant, si la conscience y prend naissance et y retourne ? Dire que le monde matériel dans lequel nous mourront tous n’est qu’une apparence, et qu’il existe un ou des arrières mondes réels où l’esprit demeure, cela est-il un ressenti émanant d’une intuition plus profonde du réel, ou simplement un espoir vain inventé pour calmer notre peur de la disparition ?

Toutes les fibres du réel sont connectées dans un enchevêtrement spatio-temporel d’une extrême complexité, dont les tenants et les aboutissants nous resteront impénétrables. Le cerveau s’est construit pendant des centaines de milliers d’années sur tous les retours et ajustements de l’expérience humaine individuelle et collective, nécessaires à la survie et à l’évolution de l’espèce. Mais pas pour nous livrer les clefs de l’être. Notre raison est trop petite pour comprendre le réel absolu, et même notre imagination est trop étroite pour ne serait-ce qu’esquisser cette réalité profonde et vertigineuse, qui va bien au-delà des limites de ce qui est mentalement représentable.

 

Alors, devant ce constat d’impuissance conceptuelle, il nous reste l’intuition naïve, l’humilité, l’espoir, l’amour… et la poésie.

samedi, mai 21, 2022

Dérapages (billet d'humeur)

 


Les écologistes se veulent défenseurs de la diversité et donc des minorités : d’où l’écriture inclusive revendiquée, le burkini dans les piscines accepté, la stigmatisation du capitalisme et du colonialisme occidental revendiquée comme un incontournable de l’enseignement, etc…

 

Alors, les écologistes ne seraient-ils pas les « idiots utiles » de l’hydre communautariste aux cent visages identitaires, qui de plus en plus gangrène les démocraties ?

 

Le regard éloigné, dont Claude Lévi-Strauss a fait le titre d’un de ses livres, manque cruellement aux intellectuels engagés, et particulièrement aux jeunes d’aujourd’hui dont la grille d’intervention sur le réel se résume à deux colonnes : lutte contre le réchauffement climatique et lutte contre les inégalités/injustices. Il ne s’agit pas de nier l’importance de préserver l’équilibre métastable de l’écosystème global de la terre, ni celle de garantir à chaque individu les mêmes droits et les mêmes moyens d’accès aux services qu’est en mesure d’offrir à ses citoyens chaque société humaine.

Mais les jeunes intellectuels confondent bien souvent combat contre les nuisances climatiques avec combat contre les modes de vie, et combats contre les inégalités/injustices avec combat contre les hiérarchies et les différences… Et cela les porte à un relativisme où toute façon de comprendre et de vivre le monde se vaut, les seuls critères de jugement étant de nature morale, comme la position sur l’axe dominants/dominés, et sur l’axe riches/pauvres. Relativisme et moralité simplistes qui les aveuglent et ne leur permettent plus de comprendre les grandes problématiques auxquelles est confrontée l’espèce humaine.

 

Le déséquilibre qui fait craindre dans un avenir assez proche une détérioration de l’environnement biologique global est essentiellement dû à la prolifération de l’espèce humaine à la surface du globe. Elle est logique dans la mesure où toutes les communautés humaines géographiques, organisées en états, cherchent à se développer et ont bénéficié des acquis médicaux du siècle dernier, en particulier les antibiotiques et les vaccins, qui limitent la mortalité infantile, celle-ci étant jadis un sérieux régulateur s’opposant à la prolifération.

 

Il suffit de regarder ce graphique pour comprendre d’où vient le déséquilibre, qui non seulement réchauffe le climat, mais détruit la biodiversité, et réduit les zones à l’abri des actions humaines néfastes : 

 


Le meilleur équilibre était probablement celui de 1950, avec une population de moins de trois milliards d’individus.

Alors il reste une seule alternative : soit nous arrivons à réduire pacifiquement et progressivement notre nombre global, en préservant/reconstituant les écosystèmes et la biodiversité, soit le stress et la conflictualité que génèrent le surnombre conduiront à des déflagrations guerrières catastrophiques en termes d’écosystèmes. Dans les deux cas la population mondiale réduira, mais dans la seconde hypothèse, l’humanité et son évolution se trouveront beaucoup retardées, voire appelées à disparaître, et la biodiversité mettra plusieurs millénaires à retrouver sa richesse.

 

Les seuls combats qui vaillent aujourd’hui sont donc ceux qui s’attaquent à la prolifération humaine, et à la conflictualité. Le problème est que l’idéologie et la morale humaniste n’ont pas forcément facilité les choses depuis un siècle à l’échelle mondiale : créer une multitude d’états pour donner à chaque peuple le droit à l’indépendance a été le meilleur moyen pour générer de la prolifération démographique et de la conflictualité entre communautés. Aussi choquant que cela puisse paraître, l’impérialisme et le colonialisme se sont avéré historiquement meilleurs régulateurs de la démographie et de l’environnement que les états modernes. En grande partie parce que ceux-ci regardent toujours le monde par le petit bout de leur lorgnette, et ont du mal à s’organiser spontanément pour réfléchir ensemble, l’Europe étant à ce propos un cas d’école.

 

Nous sommes véritablement sur un chemin de funambule, car il est nécessaire de limiter les appétits et prétentions de chaque peuple, mais il est aussi nécessaire de ne pas engendrer trop de frustrations, pour ne pas provoquer davantage de conflictualité. Et vis-à-vis de ces problèmes cruciaux, j’ai peur que tout notre tintouin actuel sur l’empreinte carbone et les économies d’énergie de soit qu’un emplâtre sur une jambe de bois.

 

Les vrais problèmes du XXIe siècle sont l’organisation et la régulation des rapports entre états, et la mise en place d’une gouvernance mondiale capable de définir des objectifs démographiques pour chaque état, et de les faire respecter. L’ONU semble hélas très impuissante pour mettre en place cette gouvernance… Sans doute parce que les trois « empires » politiques que sont les États-Unis, la Chine, et la Russie tirent les ficelles en coulisse et ne cherchent qu’à étendre leur « sphère d’influence », jolie expression pour nommer le colonialisme/impérialisme contemporain. À ces trois empires, il faut sans doute aussi adjoindre la Oumma musulmane et l’Europe des lumières, qui sans être des empires politiques constitués, n’en sont pas moins des empires culturels influents.

 

En résumé, je dirai que les marottes de la gauche radicale auxquelles se joignent maintenant celles de l’écologie politique, sont des miroirs aux alouettes : l’égalitarisme, l’anticapitalisme, l’identitarisme intersectionnel (néo-féminisme, indigénisme, islamo-gauchisme) sont autant de chiffons rouges destinés à entretenir ou créer du dogmatisme, de la suspicion, et donc de la conflictualité.

Et sous prétexte de défendre ces causes, on détruit tous les liens secrets, et toute la richesse culturelle constituée au fil des siècles, qui font le ciment d’un peuple réuni à l’intérieur d’une nation. C’est une banalité que de dire que le bien collectif exige parfois des renoncements aux intérêts particuliers de telle ou telle catégorie. C’est la loi de la démocratie, dont les représentants doivent tenir leur cap et ne pas céder aux revendications des groupes de pression.

Alors pour en revenir aux premiers mots de ce billet, l’écriture inclusive et le burkini, non seulement ils ne sont pas nécessaires à l’épanouissement de la littérature et des relations entre sexes, mais encore ils lui font une réelle entrave pouvant avoir de graves conséquences. La langue de Molière et la laïcité sont des trésors précieux qu’il nous faut savoir chérir et protéger. 

 


mardi, avril 12, 2022

Le peuple assassiné, Boutcha, printemps 2022

 

Gilles Chambon, "Le peuple assassiné, Boutcha, printemps 2022", huile sur toile 65 x 55 cm, 2022

Boris Cyrulnik rappelle dans son dernier livre (Le laboureur et les mangeurs de vent) que la croyance en une civilisation qui se construirait sans guerre et sans violence, n’existe qu’en occident, et seulement depuis deux générations. Et la triste actualité de la guerre d’Ukraine nous ramène en arrière : ce qui se passe aujourd'hui, et qui est symbolisé par le génocide de Boutcha, ressemble à toutes les boucheries qui ont accompagné les guerres de conquête et les guerres civiles, de l’antiquité à Guernica et Oradour, en passant par les exactions des guerres napoléoniennes, dont Francisco Goya a tiré une série de quatre-vingt-deux eaux-fortes poignantes, «Los desastres de la guerra ». 

 

C’est à partir de l’une de ces gravures (« Tanto y mas », N°22), que j’ai composé cet hommage aux victimes de la barbarie impérialiste poutinienne en Ukraine. J’ai réinterprété synchronistiquement le groupe de cadavres entassés de Goya, en l’associant à la violence graphique d’une composition abstraite d’Albert Bitran (1931-2018), que j’ai détournée et mise aux couleurs de l’Ukraine.

samedi, avril 02, 2022

Paysage et peinture : derrière les apparences

 

Photo d'un paysage de Saint-Emilion, et toile de Joaquín Peinado (1898-1975) Composition à la fenêtre et aux poissons 38 x 55 cm

Vous visitez une région. Vous empruntez des routes pittoresques qui vous délivrent des paysages magnifiques… Du coup vous décidez de vous installer dans ce coin qui vous a séduit par de tels points de vue prometteurs. À partir de ce moment, vous multipliez les balades à pied, et les petits chemins vous font pénétrer dans l’intimité et les multiples circonvolutions des paysages que vous aviez admirés de loin. Quand, beaucoup plus tard, vous repassez aux endroits panoramiques qui vous avaient charmé d’abord, vous les appréciez toujours autant, mais d’une façon différente, parce que vous comprenez mieux ce qui se déploie derrière chaque détail, vous savez où se cachent dans ce décor les merveilleuses pépites découvertes dans vos pérégrinations pédestres.

 

C’est un peu la même chose quand vous découvrez les belles œuvres d’un peintre que vous ne connaissiez pas. La curiosité vous pousse à vous renseigner sur sa biographie, et sur toutes les connexions qui peuvent le relier à son temps, sa région, son école de peinture. Vous essayez de comprendre ses préoccupations, et les finalités qu’il recherchait pour son art. Puis vous apprenez aussi à distinguer les différentes périodes de son travail artistique, et à suivre ses évolutions, à comprendre les influences qui ont pu le marquer.

Après, lorsqu’à nouveau les tableaux qui vous l’avaient fait connaître sont devant vous, vous les admirez toujours, mais ils résonnent différemment dans votre esprit, avec beaucoup plus d’harmoniques, liées aux connaissances que vous avez acquises sur l’artiste et sur son contexte.

 

La beauté d’un paysage, comme celle d’une œuvre d’art, émane de configurations formelles qui nous touchent parce qu’elles sont l’expression d’une profondeur et d’une richesse cachées, qui nous attirent et nous invitent à en explorer les multiples strates, quitte à nous y perdre, amoureusement.

mardi, janvier 11, 2022

Voyage en Jordanie

Fragment de la mosaïque au sol de l'église St Georges à Madaba, datant de la fin du VIe siècle et représentant la Terre Sainte (en bas à droite, Jérusalem, et en haut la mer morte et le Jourdain)

Nous fûmes sans doute un peu présomptueux, ma femme et moi, de vouloir découvrir la Jordanie cet hiver 2021-2022, alors que le Covid et ses variants obnubilent tous les pays autour de la planète…

 

D’abord un avion raté à cause d’un test PCR sans QR code, puis l’attente interminable à l’aéroport d’Amman, pour refaire à nouveau un test. Mais une fois ses tracasseries passées, nous pûmes enfin nous élancer à la découverte de ce territoire contrasté, fait de tissus urbains denses et tentaculaires se développant à partir de la capitale, longeant les collines et les vallées pierreuses, parsemées d’oliveraies, de bois de pins, et de cultures variées. Mais l’urbanisation laisse intacte les vastes étendues désertiques aux reliefs décharnés qui constituent l’essentiel du pays.

 

Notre première destination fut Madaba et le mont Nébo, au nord. Se haussant au-dessus des plateaux de Transjordanie, le mont Nébo offre un point de vue étendu, surplombant la mer morte, la plaine du Jourdain, et à l’horizon les terres de Palestine et d’Israël. La légende dit que c’est en arrivant au mont Nébo que Moïse découvrit la terre promise et put enfin terminer ses jours en paix.

 

Vue de la vallée du Jourdain depuis le Mont Nébo

De retour à Amman, nous avons visité le centre-ville densément étagé au flan des collines, fait de bâtiments modernes aux gabarits réguliers et cubiques, encerclant les ruines de la citadelle et le théâtre antique (implantation romaine, byzantine, puis Omeyyade).

 

Le théâtre antique d'Amman


Le tissu urbain du centre d'Amman

Tout avait donc bien commencé. Mais ça s’est compliqué après le retour d’une grande escapade dans le nord, à Umm Qaïs: 

 

Les ruines de l'antique cité de Gadara, à Umm Qays

 

Vallée cultivée autour d'Umm Qays

Nous avons parcouru sous un ciel radieux le site de l’antique Gadara et les étroites vallées cultivées creusées par l’érosion qui s’étalent entre les collines ;  il y eut parmi nous toux et nez bouchés, et donc nouveaux tests covid. Nos enfants étaient positifs, du coup Petra, le morceau de choix où nous comptions passer quelques jours, dut être décommandé. Nous restâmes enfermés pendant dix jours de quarantaine dans la maison de Dheir Gbar (quartier cosmopolite de Amman) où fille, gendre et petits enfants nous accueillaient, ma femme et moi. Nous fîmes bien quelques petites entorses en nous promenant à travers ce quartier chic d’habitations, où peu de piétons circulent, mais plus de visites culturelles ! Alors pour compenser, chaque matin, je me suis tenu à faire une aquarelle à partir des lieux visités au début du voyage. Les voici (la dernière fut faite in situ)!

 











Passé la semaine de quarantaine, et de nouveaux tests négatifs, avant le retour en France qui avait déjà dû être repoussé, nous fîmes une dernière virée à Jérash, à une cinquantaine de kilomètres au nord d’Amman. Entre les collines où s’étale la ville contemporaine, le site romano-byzantin de Gérasa, un des plus beaux et des plus étendus que je connaisse, nous rappelle la grandeur et la beauté que devaient revêtir ses villes orientales, du premier au sixième siècle de notre aire : remarquable continuité entre l’architecture romaine et l’architecture byzantine : cardo et decumanus bordés de colonnades corinthiennes et ioniques, théâtres, temples, basiliques, églises, nymphée… et cet extraordinaire place-forum ovale, unique je crois dans l’urbanisme romain.

 

Gérasa, les ruines de la cathédrale byzantine


Gérasa, le forum ovale et le cardo

Le retour vers la France fut aussi un peu chaotique, ma femme n’ayant pu embarquer pour cause d’un nouveau test PCR positif (apparemment une erreur puisque deux jours avant, et les jours suivants, ses tests se sont toujours révélés négatifs !).

Il nous reste donc à réfléchir à un nouveau voyage, après que l’épidémie se soit tassée, avec au programme Petra, Aqaba, la mer morte, le lac de Tibériade, et pourquoi pas Bethléem et Jérusalem ?