présentation des peintures synchronistiques

mardi, août 30, 2022

Vision synchronistique face au vide

 

Gilles Chambon, "Au-dessus du vide (vision synchronistique)", huile sur toile 73 x 54 cm, 2022
 

Les rêveries d’un vieillard l’angoissent ; il est face au vide, et les farouches combats pour atteindre les sommets sont perdus ; tout est maintenant derrière lui.

 

L’âge finit par nous rapprocher tous du grand vide où les formes, les couleurs, les êtres même se déferont peu à peu. C’est peut-être ce qu’avait ressenti Goya dans la quinta del sordo. J’ai réutilisé synchronistiquement deux détails des peintures noires qui ornaient ses murs :

-       Les deux personnages énigmatiques d’« Asmodée »,

-       Et le visage, retourné symétriquement, de l’un de ses « deux vieux ». Je les ai fusionnés dans un décor  inspiré d’Albert Bitran (1931-2018), dont la peinture abstraite ruisselait toujours d’une sourde et inquiétante énergie.

mardi, août 09, 2022

Le déluge

 

Gilles Chambon, Le déluge, huile sur toile 54 x 73 cm, 2022

« L’histoire du déluge est un mythe universel, une sorte de grand nettoyage cathartique qui met fin à un monde corrompu. Avant que le rationalisme des XIXe et XXe s. s’en empare et le réintègre dans un récit scientifique (cataclysmes météorologiques ou impacts de météorite géante), on retrouvait le déluge dans toutes les traditions ».(Raconter le déluge)


Cette peinture synchronistique évoque le chaos du déluge en s’appuyant sur la réinterprétation d’une peinture de Christine Boumeester (1904-1971) « Composition » (1960, huile sur toile 47 x 61 cm), et sur des personnages issus de deux tableaux de Arthur Bowen Davies (1862-1928) : « the flood » (c. 1902, 46 x 76 cm, The Phillips Collection, art museum, Washington), et « Homage to the Ocean » (c. 1908., 71.3 x 58.8 cm, Brooklyn Museum)

vendredi, juillet 08, 2022

La Sainte, le lion, et le souriceau

 

Gilles Chambon, La Sainte, le lion, et le souriceau, huile sur toile 80 x 70 cm, 2022

Quel est le sens de ce tableau ? Peut-être n’en a-t-il pas vraiment. Les histoires de l’enfance imprègnent en profondeur notre imagination et parfois s’enchaînent et se confondent, à la manière d’un cadavre exquis : ici peut-être Sainte Blandine livrée aux lions, qui ne la dévorent pas et se couchent à côté d’elle, et « Le lion et le rat », de Jean de La Fontaine, où le roi des animaux se voit récompensé de sa magnanimité envers le petit rongeur.

Que va-t-il se passer dans cette rencontre synchronistique entre la Sainte, le lion, et le souriceau, réunis autour d’une mystérieuse coupe de fruits ? L’histoire est à inventer…

 

La sainte est tirée d’une Samaritaine d’Annibal Carrache (1560-1609), le lion d’un croquis de Gustave Moreau (1826-1898), et l’espace qui les entoure d’une composition de Françoise Lambilliotte (Belge, née en 1923).

lundi, juin 20, 2022

Narcisse

 

Gilles Chambon, Narcisse, huile sur toile 46 x 61 cm, 2022

Que nous dit la légende de Narcisse ? Laissons de côté les célèbres « pervers narcissiques » de la psychanalyse, et déprenons-nous de l’interprétation éculée qui voit dans la légende grecque la métaphore d’un égotisme exacerbé et morbide.

Concentrons-nous plutôt sur le mystère de l’image réfléchie à la surface de l’eau. Elle n’a pas la netteté de celle du miroir, elle se trouble et se déforme au moindre souffle d’air, et  derrière le reflet de surface, le monde étrange et sombre qui vit dans l’eau profonde se mêle au scintillement éphémère de l’image réfléchie. L’eau est un miroir fluant que l’on peut pénétrer, et dans lequel on peut se perdre.

Narcisse, en se regardant dans la source, fait un rêve immobile, et comprend que sa beauté est évanescente, comme celle des fleurs, qui renaissent chaque printemps parce qu’elles s’enracinent dans la terre humide. Alors il décide d’arrêter le temps, et de prendre lui aussi racine auprès de la source vive.

C’est ce que cherche à exprimer cette toile synchronistique qui transpose un Narcisse inspiré de Pier Franscesco Mola (1612-1666), dans un paysage où le reflet se mêle, renverse, et recolore le « voyage dans le temps », toile abstraite (1959) de Michelangelo Conte (1913-1996).

vendredi, juin 10, 2022

La danse des anges

 

Gilles Chambon, La danse des anges, huile sur toile 60 x 86 cm, 2022

Deux anges dansent sur un pont au-dessus de l’enfer…

Dans la tradition musulmane, le sirât est le pont qui surplombe l’enfer, dans lequel chacun risque un jour de verser. Les anges Harout et Marout, qui dérivent des dieux mazdéens Haurvatat et Ameratat (qui protégeaient de la faim et de la soif), personnifient ceux qui succombent à la tentation érotique, notamment à cause de l’ivresse (d’où l’interdiction du vin dans l’Islam).

Mais dans l’imaginaire occidental, surtout depuis le mouvement hippie, les anges préfèrent céder à la tentation, en dansant pacifiquement et amoureusement au-dessus du gouffre, plutôt que de combattre l’ennemi qu’un Dieu belliqueux leur inventa pour qu’ils cèdent à l’autre grande tentation, celle de la violence.

 

Cette composition synchronistique détourne deux anges de Goya (extraits de « L'Adoration du nom de Dieu » fresque de 1772 qui orne le dôme de la Basilique de Nuestra Señora del Pilar à Saragosse) et les inscrit dans un paysage mouvant et turgescent, fait de la rencontre entre « Paysage au viaduc Gryon », de Rodolphe-Théophile Bosshard (1889-1960), et une aquarelle de 2003 de Bernard Schultze (1915-2005), titrée « Ce n’est pas un profil ».