présentation des peintures synchronistiques

mardi, mai 04, 2021

Le pouvoir ne se partage pas

 

Gilles Chambon, "Le pouvoir ne se partage pas", huile sur toile 45 x 60 cm, 2021

« Le pouvoir ne se partage pas ». C’est le précepte qu’aurait suivi Romulus en tuant son jumeau Rémus, lors de la fondation de Rome. 

 

Cela évoque tous les meurtres accomplis depuis, et dans tous les continents, pour écarter ceux qui menacent celui qui prétend au pouvoir, ou qui le détient déjà. 

 

Mais on peut aussi y voir la réminiscence de l’ancien rituel des rois sacrés, décrit par James G. Frazer et par Robert Graves. Trace d'un matriarcat originaire, prédominant en Europe et en Asie à époque préhistorique, ce rituel aurait été lié au culte d'une déesse-mère chtonienne, avec élection d'un éphémère roi sacré, sacrifié au moment de l’année déclinante et remplacé chaque saison par son alter-ego.

 

C’est peut-être la raison qui fait que le thème de l’affrontement gémellaire se rencontre dans beaucoup de mythologies et cosmogonies indo-européennes et moyen-orientales :

 

-       Chez les Celtes, la lutte de Gwyn et Gwythur pour la main de Creiddylad (mythe que reprend Shakespeare dans Le roi Lear).

-       En Inde la lutte de Sundas et Upasundas pour la belle Tilottomâ.

-       En Islande celle de Cormac et de Corc Ouibne.

-       En Iran celle de Ohrmazd et Ahriman et celle de Aexsaert qui est tué par Aexaertaeg.

-       Chez les Egyptiens, le meurtre d’Osiris par son frère jumeau Set.

-       Dans le récit biblique : Caïn et Abel, Esaü et Jacob, mais aussi la querelle sur la préséance de Pérèc (la brèche) ou de Zérah (le fil écarlate) [neveu de Joseph, fils de Juda].

-       La même problématique est exprimée sur un mode métaphorique dans le Nouveau Testament avec la parabole de l’enfant prodigue.

 

De nombreux autres exemples pourraient aussi être trouvés dans les mythologies ou cosmogonies africaines et sud-américaines.

 

Ce tableau symbolise donc l’acte de violence initiale, envers soi-même ou son double, qui préside à toute fondation et à tout renouvellement. Il associe synchronistiquement un tableau de Vuillard (La boîte à ouvrage) que j’ai fortement détourné, avec des personnages de Georges Moreau de Tours (1848-1901) et d’un dessinateur anonyme du XVIIIe s.

jeudi, avril 15, 2021

Pietà synchronistique

 

Gilles Chambon, Pietà synchronistique, huile sur toile 60 x 60 cm, 2021

Chaque année les fêtes religieuses nous donnent envie de revisiter les nombreuses et merveilleuses peintures créées au cours de l’histoire occidentale pour illustrer les épisodes de la « mythologie » chrétienne. La période de Pâques nous rappelle évidemment la Passion du Christ, et j’ai voulu m’essayer à une pietà synchronistique.

 

J’ai donc réinterprété une des plus petites descentes de croix du monde, due à Jean-Baptiste Carpeaux (collection privée), que j’ai agrandie six fois, et que j’ai associée à une composition d’un peintre grec contemporain, Charis Voyatzis (1924-1981).

 

Se trouvent ainsi réunies l’unité volumétrique triangulaire centripète, typique de la sensibilité plastique du sculpteur, et la diffraction atmosphérique centrifuge, caractéristique d’un peintre paysagiste semi-abstrait post-cézannien. La nervosité des touches colorées et la sensibilité dramatique des deux artistes m’ont sans doute incité à ce rapprochement. 

 


 

mardi, mars 30, 2021

L'aporie

Gilles Chambon, L'aporie, huile sur toile 55 x 50 cm, 2021

Ces trois personnages empruntés à trois tableaux du Greco (Saint Thomas, Saint Jacques le Majeur, et Marie Madeleine) dissertent, tels des philosophes, à propos d’un crâne tout droit sorti de la « Vanitas » de Philippe de Champaigne…

 

La vie, la mort, l’hypothèse hasardeuse de la résurrection… Faut-il choisir entre l’art de vivre et l’art de mourir ? Faut-il se réjouir ou s’angoisser ? Le raisonnement bute sur une aporie… Alors laissons le dernier mot au poète : « comme cela nous semblerait flou, inconsistant et inquiétant une tête de vivant s'il n'y avait pas une tête de mort dedans » ! (Jacques Prévert).

 

La scène se déroule synchronistiquement dans un paysage où les nuages qui passent filtrent la lumière, et semblent effacer peu à peu les montagnes… Il s’agit d’un des derniers tableaux de Gustave Courbet, représentant le lac Léman ; il date de 1876, juste avant que la mort ne le prenne, sans pour autant l’effacer.

mardi, mars 23, 2021

Tropiques

 

Gilles Chambon, « Tropiques », huile sur toile 40 x 60cm, 2017

L’imagination de l’exotisme tropical, qui a notamment donné naissance à l’orientalisme, a trouvé à s’exprimer, se diversifier, et se complexifier, à travers les voyages que de nombreux artistes effectuèrent dans les empires coloniaux entre le milieu du XIXe et le milieu du XXe siècle. André Maire, le gendre d’Émile Bernard, fut l’un de ces artistes globe-trotters, observateurs assidus, et un peu ethnologues. Il voyagea en Indochine, en Afrique noire, en Egypte, à Madagascar, en Martinique… C’est à ses peintures et carnets de croquis que j’ai emprunté les personnages de mon tableau. 

 

Ils trouvent place dans une composition abstraire d’un Russe contemporain d’André Maire, mais qui n’a strictement rien à voir avec lui : Serge Charchoune:

 


Ce peintre dadaïste qui évolua vers le cubisme et l’abstraction, est même l’exact inverse de Maire. Il dessine mal et pense que le dessin est l’ennemi de la peinture, il cherche à exprimer non la richesse du monde extérieur, mais celle des sensations intérieures. Cubisme ornemental et purisme alimentent ses recherches picturales. C’est peut-être grâce à cette quête instinctive du pouvoir expressif des formes et des couleurs qu’il peut rejoindre momentanément l’esprit des civilisations tropicales… C’est en tout cas le pari de ce tableau !


vendredi, mars 19, 2021

La nourriture du poète

 

Gilles Chambon, La nourriture du poète, huile sur toile 60 x 60 cm, 2021

On dit que la bouillabaisse (accommodation des restes de poissons invendus) fut inventée par les pêcheurs phocéens au VIIe siècle avant J-C… La poésie culinaire marseillaise se relie donc à la mythologie antique. Selon certains, Vénus aurait même servi une bouillabaisse à son mari Vulcain pour l’endormir pendant qu’elle le trompait avec Mars.

 

Dans cette toile synchronistique, qui mêle l’Estaque de Georges Braque (L'Estaque, octobre 1906'', Georges Braque, Centre Pompidou, Paris) avec une nature morte au homard de Giorgio de Chirico ("Nature morte au homard et moulage", 1922, huile sur toile, 77 x 99 cm), j’ai ajouté une bouche divine et pimentée, qui révèle au pêcheur la dimension poétique intense et intemporelle des plats marseillais à base de poissons et crustacés !