présentation des peintures synchronistiques

samedi, juin 24, 2017

La cène synchronistique au Louvre ?

Si un jour Venise demande au Louvre la restitution des Noces de Cana de Véronèse, il pourrait être envisagé de remplacer le grand tableau du maître vénitien par ma Cène synchronistique (si le Louvre me le demande, je veux bien la mettre au format !!)... 

En attendant, on peut toujours la découvrir jusqu'au 30 juin 2017 à St Emilion, à la Cour des Art (Little Gallery)... Profitez-en!


dimanche, juin 04, 2017

Sur les chemins de l'imaginaire à St Émilion

À Saint Émilion, du 16 au 30 juin 2017, Elena Cantero présente dans sa « Little Gallery » de la Cour des Arts, une sélection de mes peintures qui montrent les chemins picturaux que j’emprunte pour revisiter l’histoire de la peinture et son imaginaire.

Le beau village de Saint Émilion, que j’ai peint de nombreuses fois, est un écrin propice à l’ivresse des sens et de l’imagination. S’il est l’un des plus grands sanctuaires de la viticulture bordelaise, il est aussi l’expression d’un certain art de vivre français, enraciné dans le terroir et ouvert sur le monde entier. Un peu comme ma peinture qui rêve de concilier l’esprit de liberté contemporain et la déférence envers les maîtres anciens.

Je serai au vernissage vendredi 16 au soir, ainsi que tout le week-end « portes ouvertes », les 17 et 18.

Les visiteurs et amateurs, que j’espère nombreux, pourront débattre avec moi de la démarche « synchronistique » en peinture, et découvrir, s’ils le souhaitent, quelques-uns des petits secrets qui se cachent dans chacune de mes œuvres.
Gilles Chambon, St Emilion vu depuis la tour du Roi, huile sur toile 37x50cm, 2017

vendredi, mai 12, 2017

La pensée synchronistique

Max Ernst, Collage, in "Une semaine de Bonté" roman-collage, 1934
« J’écrivais des silences, des nuits, je notais l’inexprimable. Je fixais des vertiges. »
Arthur Rimbaud, Une saison en enfer, II, Alchimie du verbe

Dans chaque esprit humain, il y a un attracteur étrange qui sommeille.
Pour les non initiés aux théories du chaos, rappelons qu’un attracteur étrange est la figure géométrique stable qui apparaît lorsque l’on modélise l’ensemble des trajectoires possibles d’un système complexe à comportement chaotique, comme par exemple les phénomènes météorologiques.

J’appelle donc attracteur étrange, dans l’esprit humain, cette capacité mystérieuse, enfouie au plus profond de notre constitution psychique, qui nous permet de  découvrir et de révéler les relations cachées entre certaines choses qui n’ont a priori rien à voir entre elles, dispersées qu’elles sont aux quatre coins de l’espace-temps.

L’attracteur étrange est particulièrement développé chez les artistes et les poètes. Ils s’en servent pour débusquer les liens transcendantaux unissant des choses sans rapport objectif entre elles. Jung avait parlé de synchronicité pour qualifier les coïncidences signifiantes, moment où prennent un sens des combinaisons arbitraires de faits, qui ne devraient pas en avoir selon la logique du monde ordinaire. Ces coïncidences troublantes, expression d’une réalité acausale du monde, sont comparables aux mots de la poésie, assemblés selon un ordre caché.

Et qu’on ne se méprenne pas : l’attracteur étrange et son activité synchronistique ne sont en aucun cas une simple résurgence de la pensée analogique. Celle-ci, qui certes tente de voir entre les phénomènes d’autres liens que ceux de la causalité matérielle, relie les choses selon leur ressemblance formelle, et postule que cette ressemblance recouvre forcément une parenté d’essence, entraînant elle-même une similarité dans les interactions. C’est le B-A BA de la magie opérative.

Mais il ne s’agit pas de cela ; la pensée synchronistique va bien au-delà de la recherche d’analogies. C’est une pensée non systémique, capable de détecter les nouveautés absolues qui émergent, beaucoup plus fréquemment qu’on ne le croit, dans le continuum des enchaînements causes/effets. Si on croit que ces nouveautés sont simplement la marque du hasard, de l’indétermination de certains processus chaotiques, on ne peut alors expliquer l’existence, pourtant avérée en physique, des attracteurs étranges.

Quand il y a apparition de nouveauté absolue, c’est peut-être qu’il y a distorsion de l’espace-temps. 
Je m’explique : les dimensions de notre univers sont multiples (les astrophysiciens en imaginent jusqu’à une douzaine), mais la plupart ne sont pas déployées. Elles existent néanmoins, repliées dans l’espace et le temps de notre perception courante. Certaines situations leur permettent cependant de s’exprimer et de donner une impulsion particulière aux transformations qui rythment l’évolution de l'univers visible.
Il en va pareillement de la poésie, qui a le pouvoir de manifester ponctuellement ces dimensions cachées, donnant ainsi une profondeur inédite au petit théâtre qui agite les êtres matériels dans l’espace-temps, tels que nos sens et notre intellect les perçoivent habituellement. Elle les fait chanter comme les harmoniques d’un accord musical, les met en résonance avec le passé et le futur.

N’étant pas systémique, cette manifestation d’une réalité cachée ne produit pas à proprement parler de connaissance nouvelle, cumulable ou capitalisable par la science. On ne comprend pas mieux le réel quand on en restitue la poésie, mais on le ressent mieux, on entre en sympathie profonde avec lui. La pensée moderne, scientifique, nous fait connaître un univers extraordinairement vaste et structuré selon des lois remarquablement constantes. Mais si cet univers est bien réel, il n’est vraisemblablement qu’un tout petit fragment du Réel ; sa surface lisse ; la petite partie qui en émerge, perceptible par notre regard et par notre intellect, à la surface d’un océan de matière noire. Et cet océan de matière noire n’est autre que l’océan de notre ignorance.

Grâce à la pensée synchronistique, poètes et artistes plongent allègrement leurs antennes dans cette masse impénétrable aux lumières de la raison, et pêchent, au hasard de leur errance, des poissons mystérieux qui entrent dans la nasse de leurs rêves, et les aident à ciseler des œuvres sibyllines, parfois difficiles à comprendre, mais, lorsqu’elles sont authentiques, plus vraies que toutes les dissertations scientifiques sur le réel étriqué.

La pensée synchronistique est une transcendance, une mystique, une religion sans Dieu, sans dogme, et sans système d’exégèse. Elle est fusionnelle et inexplicable, mais elle sert néanmoins à ensemencer notre intellection, et aide la raison à ouvrir de nouveaux sentiers à travers la jungle du Réel, à jamais foisonnante et inextricable…

samedi, mai 06, 2017

Dédale

Gilles Chambon, Dédale, huile sur toile 70 x 50 cm, 2017
Dédale, selon la légende, était le plus grand des architectes de la Grèce antique. Il construisit le labyrinthe pour le roi Minos, s’échappa de Crète par les airs en fabriquant des ailes pour lui et son fils Icare, réalisa de nombreuses statues dans toute la Grèce, construisit de grands monuments en Sicile, puis en Sardaigne où, selon Salluste, il termina ses jours. On lui attribue parfois les mystérieux "nuraghes", ces tours mégalithiques en forme de cônes tronqués, qui parsèment le sol sarde.

Étant architecte moi-même, je me devais de lui rendre un hommage pictural.

Dans ce tableau synchronistique, j’ai donc recomposé des nuraghes imaginaires qui forment une sorte de labyrinthe géométrique. Pour cela,  j’ai détourné un fragment d’une nature morte de Picasso de 1912, et réinterprété une peinture de Massimo Scolari (lui aussi peintre et architecte), de 1973, qui représente justement un paysage du nord-est de la Sardaigne. Et j’ai enfin eu recours, pour évoquer la figure de Dédale, à l’homme ailé que Francisco Goya dessina pour la gravure n° 13 de sa série des Disparates, « Modo de volar ».

dimanche, avril 30, 2017

Leçon de choses

Gilles Chambon, Leçon de choses, huile sur toile 55 x 55cm, 2017
Une leçon de choses repose sur le principe éducatif consistant, à partir d'un objet concret, à faire acquérir une idée abstraite.

Ma peinture est en l’occurrence l’objet concret qui renvoie non pas à une seule idée abstraite, mais à la multiplicité des idées que suggère toute expression de la réalité. C’est comme un carré magique qui, quel que soit le sens que l’on donne à la lecture de ses composants, renvoie toujours au même résultat.

Lacan disait : « le réel, c’est quand on se cogne ».

Sur ma toile synchronistique,

-    Se cognent les deux lutteurs, sortis d'une gravure
de José de Ribera ;
   
-    Le soleil cogne sur la statue alanguie d’une ville métaphysique de Giorgio de Chirico.

-   Se cognent aussi le paysage Chiriquesque et la géométrie abstraite que j’ai réinterprétée d’une composition de Geer van Velde.