présentation des peintures synchronistiques

lundi, novembre 26, 2012

Exposition de G. Chambon à Vincennes

L'EXPOSITION EST PROLONGÉE EN JANVIER ET FÉVRIER 2013
Sur rendez-vous, contacter Mme van der Jagt au tél. : 01 43 28 67 48 ou 06 11 09 38 19

À Vincennes, à deux pas du château, chacun peut venir découvrir la galerie de Anne van der Jagt, toutes latitudes, où, pendant deux semaines, se déroule l’exposition « Gilles Chambon, Paysages vécus, scènes rêvées » (c'est la dernière exposition de la saison).

J’y présente une quarantaine d'oeuvres : 
- Quelques compositions réinterprétant de façon décalée des thèmes de la peinture classique (Tour de Babel, Reniement de saint Pierre, Tentation de saint Antoine, etc..) ; 
- Des huiles, aquarelles, et encres, de paysages et architectures « vécus » en Algérie, au Japon, en Espagne, au Pérou, où sur quelques côtes françaises ; 
- Et enfin des villes imaginaires, également à l’aquarelle, tressant ensemble des architectures de toutes latitudes. Il y a des toiles récentes, mais aussi des peintures faites voilà plus de vingt-cinq ans, donnant ainsi une idée de mon parcours pictural.

Attention, la galerie n’est ouverte que les vendredis, samedis, et dimanches après-midi. J’y serai pour le finissage les 8 et 9 décembre.

Merci à toutes celles et ceux qui sont venu me soutenir au vernissage !


P. S. : Vous pouvez aussi venir écouter, jouée sur le piano Erard de 1848 de la galerie (Tarifs : 8 euros/4 euros) :

LA GRANDE FUGUE DE BEETHOVEN AU PIANO
Concert-découverte
Duo Métamorphoses
Andrea Corazziari & Antoine Didry-Demarle

1er décembre 2012 à 19h
2 décembre 2012 à 17h

galerie toutes latitudes, Vincennes

dimanche, novembre 11, 2012

Sous le toit du monde

La chaîne Himalayenne vue de Nagarkot

Le Népal, coincé entre les deux grands monstres que sont la Chine et l’Inde, était encore un royaume inaccessible aux étrangers il y a à peine cinquante ans. S’ouvrant enfin au monde dans les années soixante, il devint pour un temps l’El Dorado des hippies à la recherche de psychotropes et de zenitude bouddhiste.

C’est aujourd’hui un simple état du tiers-monde, parmi les plus pauvres, semblable sous beaucoup d’aspects à tant d’autres pays démunis : infrastructures approximatives, institutions politiques précaires, ville centre tentaculaire et polluée, accueillant l’exode rural poussé par la misère des campagnes.

Katmandou 

Katmandou, avec ses axes routiers saturés, ses bus pourris crachant une fumée noire ; avec le vacarme incessant des klaxons remédiant tant bien que mal à l’absence quasi totale de code de la route ; avec ses réseaux de fils électriques et téléphoniques formant d’improbables écheveaux sur lesquels circulent de grands macaques ; avec la poussière déposée le long des rues sans trottoirs, qui s’accroche aux buissons et que le soir les tenanciers d’échoppes tentent de circonvenir, devant leur pas de porte, à l’aide de petits ballets de paille qui la fond voler plus qu’ils ne la chassent ; avec ses chemins déglingués traversant des quartiers où pullulent les nouvelles maisons en briques à ossatures de poteaux béton, laissant les fers en attente ; avec ses terrains vagues et ses rivières qui sentent l’égout ; avec ses bazars congestionnés déroulant à perte de vue de minuscules boutiques vendant toutes à peu près les mêmes choses, que ce soit les épices, les tissus, les ustensiles ménagers, ou les pashminas, les tankhas, les masques de dieux grimaçants, et les statuettes pour touristes.

Katmandou donc, sous ces aspects de ville générique du tiers-monde, m’évoque immanquablement d’autres villes parcourues au Sahel ou au Maghreb.

Et pourtant il serait injuste de ne pas voir aussi ce qui fait son caractère purement asiatique et son impressionnante beauté :

-       D’abord il y a les trois centres historiques monumentaux, Durbar Squares de Patan, de Bhaktapur, et de Katmandou. On trouve là trois joyaux de l’art urbain newar, organisant de façon libre mais équilibrée les palais et temples des XVe au XVIIIe siècles, faits de briques et de bois de sal, sculpté comme de la dentelle, et surmontés de toit multiples en pagodes, soutenus par de grand jambages inclinés couverts de scènes érotiques. En contrepoint de ces majestueuses façades, les bassins-fontaines encaissés et protégés par les ondulations de pierre représentant le corps de Nâga, le dieu serpent ; quelques colonnes surmontées de statues, face à l’entrée des temples ; de petits autels de dévotion, toujours bariolés d’offrandes de pétales de fleurs et de prashad rouge, et parfois montés sur des socles pyramidaux ; d’insolites temples hindous de style shikhara, tout en pierre, couverts de toits à la fois lourds et élancés, aux formes caractéristiques en épis de blé ; quelques grosses cloches de bronze, aussi,  suspendues sous des portiques ; et enfin ces curieuses petites loggia urbaines en bois, appelées pati, où dorment souvent les vagabonds.

Palais de Patan, illustration extraite de "The traditional architecture of the Kathmandu valley", Wolfgang Korn, ed. Bibliotheca Himalayica, reprint 2010


-       Ensuite il y a les monastères et les stupas bouddhistes qui parsèment la ville (les plus célèbres sont le grand stupa de Bodhnath, immortalisé par le film Little Bouddha, et celui de Swayambunath qui surplombe la ville, et où ont élu domicile des nombreuses bandes de singes).

-       Et partout ces vaches qui déambulent, et les chiens galeux qui dorment sous les péristyles des temples, en attendant la nuit pour roder à la recherche de poubelles ou de restes d’offrandes.

Aspects de Katmandou : Durdar Square de Bhaktapur et rue de Thamel


-       Enfin il y a le splendide écrin de montagnes qui enserre Katmandou : si les grands sommets enneigés de l’Himalaya ne sont perceptibles que dans le lointain, les contreforts de collines s’avancent dans la plaine comme de longues racines géantes, chargées de forêts et de cultures en terrasses.

G. Chambon, Nargarkot, aquarelle, 2012


Ces reliefs particuliers, au demeurant très habités et pourvus de nombreux villages perchés, sont la matière constitutive des paysages népalais ; ils rendent assez difficiles les communications routières. Il est donc préférable d’utiliser l’avion pour se rendre à Pokhara, au pied des Annapurnas.

Pokhara, jadis bourg provincial, a pris en quelques décennies une allure de ville champignon. C’est une destination de premier ordre pour les trekkers, et de nouveaux hôtels surgissent du sol chaque année ; le centre commerçant a ainsi délaissé l’ancien bourg pour se réimplanter à proximité de la rive du lac, où se concentrent les mânes touristiques chinoise, japonaise, coréenne, indienne, et occidentale. Mais dès que l’on quitte la grande rue, les chemins qui desservent les hôtels rappellent encore le caractère villageois : quelques maisonnettes basses au toit de tôles et aux murs badigeonnés de rose indien ou de vert lagon, avec leur petit jardin potager, subsistent entre les bâtisses des établissements hôteliers,  plus hautes et bordées de balcons ; quelques échoppes de quartier,  aussi, où les didis tiennent conversation, à coté de grands ficus majestueux ; et toujours les vaches en liberté, les enfants qui s’approprient la voie pour une partie de foot, et quelques champs de mil qui survivent ça et là, avant que de nouveaux hôtels ne repoussent la campagne dans les collines voisines.

G. Chambon, Pokhara, aquarelle, 2012


Pour bien s’imprégner de ces paysages qui mêlent la luxuriance des tropiques à l’aride sérénité des plus hauts sommets, il y a l’aquarelle bien sûr…. Mais aussi le parapente !

Vol au-dessus de Pokhara

mardi, octobre 23, 2012

Paysages vécus – Scènes rêvées

Exposition personnelle de peintures (et encres) à la galerie toutes latitudes, à Vincennes



Peut-être parce que je suis architecte-urbaniste, j’ai toujours été captivé par le paysage urbain et son caractère fractal. Mes premières peintures, dans les années 80-90, étaient des aquarelles minutieuses représentant des villes fantastiques. Quelques-unes seront exposées (elles sont aussi reproduites en N&B dans mon roman  « Souvenirs d’Antillia », disponible à la galerie, pendant l’exposition).

Au fil des ans, lors de mes voyages, j’ai aussi exécuté  « sur le motif »  de nombreux petits paysages, témoins de courts moments privilégiés de communion avec un coin du monde. De l’Algérie au Japon, en passant par le Pérou, nombreux sont les lieux magiques qui ont ainsi scellé mes « amitiés paysagères ».

Aujourd’hui, dans des compositions de plus grands formats, je renoue avec une forme de poésie surréaliste, en réinterprétant de façon décalée quelques grands sujets de la peinture classique, qui sont au fondement de notre imaginaire pictural occidental : La tour de Babel, L’entrée à Jérusalem, La tentation de St Antoine, ou Le reniement de St Pierre… scènes toujours réinscrites dans des paysages insolites et hybrides, où se côtoient architectures et personnages de toutes époques et de toutes latitudes.

Mon travail pictural, comme certains ont déjà pu le découvrir sur ce blog, est celui, minutieux, d’un artisan de l’imaginaire : narration figurative où la précision du dessin compte beaucoup. Mais la technique s’assouplit parfois, en particulier dans les petits formats, pour mieux révéler l’énergie  graphique et décorative contenue dans les thèmes que j’aborde.

J’espère que vous serez nombreux à venir découvrir cette sympathique galerie, près du château de Vincennes ; vous pourrez aussi me rencontrer le 24 novembre ou le 9 décembre.

vendredi, octobre 19, 2012

Femmes peintres à l'aube du XXe siècle


Annie Frost Shenton, Portrait d'élégante au chapeau, 1899, Collection privée

Depuis la Renaissance (et même avant) un certain nombre de femmes peintres ont été répertoriées par les historiens de l’art. Quelques-unes sont devenues très célèbres, comme Artemisia Gentileschi, qui fût la première femme admise à l’Accademia delle Arti del Disegno de Florence (première Académie européenne) en 1616 ; Elisabeth-Louise Vigée-Lebrun, inscrite en 1783 à l’Académie Royale de Peinture et de Sculpture  au côté de trois autres femmes, Adélaïde Labille-Guiard, Anne Vallayer-Coster et Marie-Suzanne Giroust-Roslin ; Berthe Morisot - amie de Manet ; Mary Cassatt – amie de Degas ; Suzanne Valadon, mère d’Utrillo et première femme admise à la Société Nationale des Beaux Arts en 1894 ; Marie Laurencin – amie de Guillaume Apollinaire ; Frida Kalho - femme de Diego Rivera ; Sonia Delaunay, Tamara de Lempicka ; Vieira da Silva, première femme à obtenir le Grand Prix National des Arts du gouvernement français, en 1966, et enfin Léonor Fini.

On a l’habitude de penser que la société, machiste jusqu’à un passé assez récent, n’a pas permis aux femmes artistes d’exprimer pleinement leur génie. Cependant si l’on considère le nombre très réduit, jusqu’à l’aube du XXe siècle, des femmes peintres par rapport à celui de leurs collègues masculins (sans doute moins de 5%), elles n’ont pas à rougir de ce qu’elles ont laissé à la postérité : au Salon de peinture de 1889, elles exposaient  418 toiles sur 2 771, soit 15,1 % des œuvres présentées, proportion bien supérieure à leur réelle importance numérique dans la profession.

Il est vrai qu’elles se sont souvent davantage centrées sur certains genres comme le portrait, la miniature, ou les scènes de la vie domestique, plutôt que sur les grands sujets de la peinture historique. Mais cela ne retire rien à l’intérêt de leurs œuvres :
« … Les envois des femmes peintres ne consistent pas uniquement en des tableaux de fleurs, même si ce domaine est l’un de ceux où elles excellent, ainsi Éléonore Escallier, Victoria Dubourg ou Madeleine Lemaire. Scènes patriotiques ou historiques (qu’affectionnent particulièrement Laure de Châtillon ou Thérèse de Champ-Renaud), sujets mythologiques ou religieux (privilégiés par Adélaïde Salles-Wagner), et allégories sont présentés au Salon, aux côtés des scènes de genre, des paysages, des animaux, des natures mortes et des portraits qui regroupent la majorité des contributions. La catégorie dite des scènes de genre se décline de multiples façons : sujets historicisants, où s’illustre Jeanne Rongier, une élève d’Évariste Luminais, motifs orientalistes sur lesquels Henriette Browne, qui a effectué le voyage de Constantinople, assoit sa réputation ou, le plus souvent, images contemporaines. Si des artistes comme Jeanne Rongier ou Léonide Bourges s’attachent à dépeindre les activités des classes défavorisées, les futures impressionnistes Berthe Morisot et Mary Cassatt se limitent au quotidien de la vie bourgeoise. » (Denise Noël, Les femmes peintres dans la seconde moitié du XIXe s)

Leur émancipation en France à la fin du XIXe siècle tient au fait qu’elles sont acceptées comme élèves dans plusieurs grands ateliers parisiens, où on leur permet de suivre une formation identique à celle des garçons, notamment le dessin de nu d’après modèle vivant ; beaucoup de ces élèves viennent du monde anglo-saxon où ce type de travail ne leur est pas autorisé.

En 1881, Madame Léon Bertaux fonde l’Union des Femmes peintres et sculpteurs, association qui organisera chaque année des expositions féminines jusqu’en 1965. « Ses buts étaient simples : monter des expositions dans l’espoir de faire apprécier les productions des femmes en mettant ces dernières en rapport avec le public, acheteur éventuel. Mais elle nourrissait également des projets plus ambitieux qui lui tenaient à cœur : faire cesser l’exclusion des femmes à l’Ecole des beaux-arts et parvenir à ce que celles-ci puissent préparer le concours le plus prestigieux de l’Ecole : celui du Grand Prix de Rome. » (Chantal Beauvalot). « Reconnue d’utilité publique par décret le 16 juin 1892, l’Union réussit peu à peu à s’imposer comme une manifestation originale d’envergure, complémentaire des divers Salons officiels. »

Il reste évidemment beaucoup de ces femmes peintres à redécouvrir, particulièrement à la charnière des XIXe et XXe siècles. Annie Frost Shenton, née à Londres (1875 - ? - active jusqu'en 1911), est l’une d’entre elles. Outre ses portraits sensibles de jeunes femmes (celui de Florence Emily Rotherham est exposé au musée du Brent, à Londres), nous lui connaissons une spécialité qui semble-t-il trouvait son public dans la société anglaise oisive, mais que les peintres hommes n’auraient sans doute pas jugé digne de leur talent : le portrait de chien de compagnie !

Annie F. Shenton, Portrait de Florence Emily Rotherham, 1899, Musée du Brent, Londres
Annie F. Shenton : Chien de chasse de la duchesse de Dunsborough, 1905 - Miniature de pékinois - Portrait de yorkshire terrier sur un coussin rouge, 1908
Annie F. Shenton, "Deux épagneuls japonais", 1898,  huile sur toile 41,1 x  56,3 cm


Mise à jour novembre 2019 : Annie F. Shenton fit aussi vers 1910 un joli portrait au pastel du peintre et graveur belge Jan De Clerck :