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Gilles Chambon "La résurrection du fils de la veuve de Naïm, d'après Bon Boullogne", huile sur toile, 38 x 55 cm, 2026 |
La dévotion n'est pas mon truc, et je ne crois pas aux miracles... Alors pourquoi cette peinture, qui illustre une des trois résurrections opérées par Jésus (les deux autres sont celle de Lazare, et celle de la fille du chef de synagogue Jaïre). Simplement parce que ce n'est pas le sujet qui m'importe, mais l'intérêt que je trouve à le peindre.
Il n'est pas facile d'être artiste peintre en ce début de XXIe s. Tout a déjà été tenté et, à voir la production courante des créateurs picturaux d'aujourd'hui, on comprend vite qu'ils ne savent plus à quel saint se vouer, et qu'ils font un peu tout et n'importe quoi, se perdant malgré eux dans l'insignifiance. J'avais inventé il y a treize ans la dénomination "peinture synchronistique" pour désigner mes essais de création basés sur l'histoire de la peinture, en trouvant des ponts improbables entre différents univers picturaux, et en en effectuant une réappropriation personnelle. Et je persiste à penser que la peinture est bien un art du passé... mais qu'il n'est pas mort pour autant ; il ressuscite dans une autre forme de vie ! Son rôle aujourd'hui n'est plus d'inventer un nouveau rapport à la représentation du réel, mais de se pencher librement sur l'émotion que nous procurent tous les chefs d'œuvres de la peinture, de voir comment on peut infiniment en faire résonner la beauté.
Donc le sujet n'est plus le rapport au réel, mais le rapport à la réalité de la peinture, à son histoire. Et mon rapport personnel à l'histoire de la peinture passe, entre autres, par mon état de collectionneur : je m'approprie régulièrement (au hasard des ventes et selon mes modestes moyens financiers) des œuvres d'artistes qui ont déclenché en moi intérêt, plaisir, émotion... L'idée m'est donc venue de travailler sur certains de ces tableaux, en me les réappropriant une seconde fois par leur réinterprétation. Je veux faire cela modestement, avec une certaine spontanéité, sans chercher à déconstruire ou reconstruire le tableau sur lequel je me penche ; mais en le soumettant le plus simplement du monde à mon écriture picturale propre.
Le tableau que j'ai utilisé ici, pour ce premier essai, est un "modello" de Bon Boullogne (peintre de Louis XIV), sur lequel j'avais fait une recherche après l'avoir acquis (https://art-figuration.blogspot.com/2018/12/sur-les-traces-dun-tableau-de-bon.html). J'ai découvert que Bon Boullogne était aussi un grand copiste... et qu'il trompa "avec ses imitations, les plus habiles connaisseurs". En ce qui me concerne, je le répète, je fais une copie qui n'en est pas vraiment une, puisque les maladresses de dessin et les dérives chromatiques deviennent volontairement prétexte et moyen de rejouer l'œuvre différemment. Je livrerai certainement d'autres interprétations sur le même tableau !



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