présentation des peintures synchronistiques

jeudi, avril 23, 2026

La résurrection du fils de la veuve de Naïm, d'après Bon Boullogne

 

Gilles Chambon "La résurrection du fils de la veuve de Naïm, d'après Bon Boullogne", huile sur toile, 38 x 55 cm, 2026


La dévotion n'est pas mon truc, et je ne crois pas aux miracles... Alors pourquoi cette peinture, qui illustre une des trois résurrections opérées par Jésus (les deux autres sont celle de Lazare, et celle de la fille du chef de synagogue Jaïre). Simplement parce que ce n'est pas le sujet qui m'importe, mais l'intérêt que je trouve à le peindre.

 

Il n'est pas facile d'être artiste peintre en ce début de XXIe s. Tout a déjà été tenté et, à voir la production courante des créateurs picturaux d'aujourd'hui, on comprend vite qu'ils ne savent plus à quel saint se vouer, et qu'ils font un peu tout et n'importe quoi, se perdant malgré eux dans l'insignifiance. J'avais inventé il y a treize ans la dénomination "peinture synchronistique" pour désigner mes essais de création basés sur l'histoire de la peinture, en trouvant des ponts improbables entre différents univers picturaux, et en en effectuant une réappropriation personnelle. Et je persiste à penser que la peinture est bien un art du passé... mais qu'il n'est pas mort pour autant ; il ressuscite dans une autre forme de vie ! Son rôle aujourd'hui n'est plus d'inventer un nouveau rapport à la représentation du réel, mais de se pencher librement sur l'émotion que nous procurent tous les chefs d'œuvres de la peinture, de voir comment on peut infiniment en faire résonner la beauté.

 

Donc le sujet n'est plus le rapport au réel, mais le rapport à la réalité de la peinture, à son histoire. Et mon rapport personnel à l'histoire de la peinture passe, entre autres, par mon état de collectionneur : je m'approprie régulièrement (au hasard des ventes et selon mes modestes moyens financiers) des œuvres d'artistes qui ont déclenché en moi intérêt, plaisir, émotion... L'idée m'est donc venue de travailler sur certains de ces tableaux, en me les réappropriant une seconde fois par leur réinterprétation. Je veux faire cela modestement, avec une certaine spontanéité, sans chercher à déconstruire ou reconstruire le tableau sur lequel je me penche ; mais en le soumettant le plus simplement du monde à mon écriture picturale propre.

 

Le tableau que j'ai utilisé ici, pour ce premier essai, est un "modello" de Bon Boullogne (peintre de Louis XIV), sur lequel j'avais fait une recherche après l'avoir acquis (https://art-figuration.blogspot.com/2018/12/sur-les-traces-dun-tableau-de-bon.html). J'ai découvert que Bon Boullogne était aussi un grand copiste... et qu'il trompa "avec ses imitations, les plus habiles connaisseurs". En ce qui me concerne, je le répète, je fais une copie qui n'en est pas vraiment une, puisque les maladresses de dessin et les dérives chromatiques deviennent volontairement prétexte et moyen de rejouer l'œuvre différemment. Je livrerai certainement d'autres interprétations sur le même tableau !

 


 

dimanche, avril 19, 2026

Signes du zodiaque

 

Gilles Chambon, Les signes du zodiaque, 12 huiles sur toile, assemblées en un panneau de 181 x181 cm, 2026


 

Quand les humains ont commencé à lever la tête vers le ciel, ils ont d'abord vu le chaos des étoiles, et ils ont voulu le comprendre.

 

Comprendre, c'est débusquer l'ordre sous-jacent qui relie entre elles toutes les bizarreries du monde. Alors ils ont établi des sphères tournant autour de la terre, dans chacune desquelles se trouvaient les étoiles fixes (constellations), les étoiles mobiles (planètes), et les deux grands luminaires (le soleil et la lune)... Mais les mouvements des astres étant plus compliqués qu'il n'y paraît, aux trois sphères de base, ils en ajoutèrent d'autres, l'astronome Callippe de Cyzique allant jusqu'à quarante-deux sphères supplémentaires pour expliquer toutes les irrégularités...

 

Comprendre, c'est aussi replacer les choses matérielles observées, dans le grand roman métaphysique dont nous avons besoin pour donner un sens à cet univers où nos consciences ont mystérieusement éclos. Alors les constellations, les astres, et les mois de l'année ont rejoint la mythologie. Les constellations que traverse chaque mois le soleil sont ainsi devenues les douze signes du zodiaque, et chaque signe renvoyant, par définition, à un sens caché, l'imaginaire en a pris possession.

 

J'en offre ici une version qui, contrairement à mes constructions synchronistiques habituelles, est apparue spontanément sous mon crayon il y a vingt-sept ou vingt-huit ans, en à peine plus d'un quart d'heure, sans réfléchir préalablement, sans même comprendre les sens cachés qui pouvaient s'y glisser... J'avais laissé parler mon inconscient en recourant, comme les surréalistes, à une sorte d'écriture automatique, chaque signe tracé au crayon faisant la taille d'un timbre-poste. Je les avais ensuite agrandis un peu, pour les mettre en couleur et réaliser une série de petites huiles sur papier. Je n'ai jamais vraiment cherché à les interpréter, mais j'ai eu envie, cette année, de leur donner plus d'importance, en les reprenant en plus grand format sur toile, avec quelques petites variations, et en les assemblant à la manière de certains livres d'heures de la Renaissance. Je laisse donc leur interprétation à la sagacité des psychologues, et leur appréciation au goût – et j'espère au plaisir – des amateurs !