présentation des peintures synchronistiques

lundi, septembre 25, 2006

LA CENE, ou LES COPAINS D’ABORD



La cène, ou les copains d'abord, huile sur toile, 81x100cm, 2005,

Pourquoi une cène? Sans doute parce que j’ai été frustré,en visitant Santa Maria del Gracie, de ne pouvoir accéder au réfectoire où se trouve la cène de Léonard de Vinci (j’avais omis de m’inscrire au préalable). Mais plus simplement, en visitant les musées de Milan, de Vérone, et de Mantoue, je me suis délecté des merveilleuses fresques d’Altichiero, Mantegna, Luini, Ferrari... et j’ai été ravi par ce mélange de personnages expressifs, d’architectures imaginaires, de couleurs tendres et lumineuses ; par cette beauté savante empreinte de naïveté. J’avais à la fois l’envie de faire quelque chose d’une beauté simple rappelant les fresquistes du quattrocento, et le besoin de traiter le sujet de façon contemporaine. Dans ma « cène », la composition générale est en résonance directe avec les oeuvres de la Renaissance : grande perspective où se succèdent trois plans, le premier dévolu à la scène représentée, avec le christ au centre de la peinture, le second, de transition, formé de vastes arcades architecturales, et le dernier, dans le lointain, occupé par le foisonnement de l’architecture imaginaire. Evidemment, il ne s’agit pas d’une oeuvre de dévotion. Le Christ et les apôtres sont, comme au théâtre, de simples acteurs. Comment ai-je fais le casting ? A part Jésus, les autres n’ont, à ma connaissance du moins, aucun signe physique permettant de les identifier facilement. J’avais envie d’y mettre quelques uns de mes proches (une façon ironique ou affectueuse de les faire participer à la célébration d’un mythe universel).
Mon neveu faisait un Christ parfait ; et son meilleur ami, pris en flagrant délit de téléphoner (sans nul doute au Sanhédrin), s’est transformé en Juda. Les autres sont une simple transcription du pittoresque quotidien de nos attitudes autour d’un repas, qui rejoignent le pittoresque universel et intemporel auquel devait correspondre un repas d’apôtres… Je me suis aussi représenté (petite coquetterie d’artiste). Comme on le voit, il y a parmi les apôtres quatre personnages féminins : j’ai ainsi ouvert symboliquement aux femmes les plus hautes responsabilités de l’église, si frileuse en matière d’égalité des sexes. Bref, je me suis amusé, tout en voulant garder ma ferveur poétique. Ma cène est un repas banal où aucun des apôtres n’a conscience de l’importance de l’instant ; visiblement ils ne pensent pas que Jésus est un dieu : ils ont l’habitude de ses exagérations. Ils sont comme nous : ils connaissent leur passé, mais pas leur avenir. Et leur passé leur paraît bien ordinaire. Quant à la magouille téléphonique de Juda, ils relativisent son importance, et je pense que Juda lui-même ne se rend pas compte de ce qu’il fait : il se dit qu’il pourra empocher l’argent et que ce ne sera pas la première fois que le petit groupe saura se tirer d’une situation délicate où l’aura mise l’intransigeance de son chef, ou l’esprit combinard de son trésorier.

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